Mistral gagnant

Les huissiers, les disparus, le divorce. Tu ne sais rien de moi, rien ou si peu, ce que je veux bien te donner tout du moins. Si l’étau se resserre, je n’en laisse rien transparaître, tu ne vois que ma chance finalement. Celle d’aimer et être aimé. J’encaisse les coups sans jamais rien dire ou quand je laisse échapper quelques bribes, c’est calculé. Je rends finalement plus de coups que je n’en prends, mais je sens bien que je finirai comme Ali, la superbe ne paie pas. Jamais. Sauf si pouvoir supporter son reflet dans le miroir matin et soir est considéré comme le salaire ultime, celui que chacun recherche au moment de clore ses paupières, seul face à soi-même, comme chaque soir, comme chaque nuit, moment où le mensonge est inutile et où Moi, Je et Surmoi copulent pour ne plus faire qu’un dans un accouplement coordonné de vérités. A chaque fois que j’ai gagné quelque chose après un effort violent, obtenu gain de cause, suis allé chercher ce qui me revenait de droit, les lois de la physique faisaient en sorte de me retirer autre chose en retour, comme pour ne pas me surcharger. M’amputer violemment, systématiquement. Chaque fin de cycle fait rimer addition/multiplication et soustraction/division, l’unité de valeur étant les vies humaines autour de moi. Perdre pour gagner, jamais l’inverse, ne jamais tordre le cou à cet axiome un beau jour, pour ne pas poser un genou à terre. Perdre pour mieux savoir gagner ensuite.

Les huissiers, les disparus, le divorce. La litanie me berce, je vis avec, je compose avec et la mélodie qui en ressort ne peut être que celle d’une haine certaine. Une haine ordinaire, tournée vers les autres, parfois. Vers soi, souvent. Se voir fragile, c’est réaliser que les autres peuvent aussi le percevoir et en exploiter chaque brèche. Alors, autant se dépêcher de se haïr et de haïr les autres avant qu’on ne le fasse pour vous. La lueur vient du fait que, dans le chaos, une certaine réussite veut que vous sachiez construire, que votre base est solide et que la fondation tient le choc, malgré tout, malgré tous. Alors Sisyphe se met en branle, encore et toujours, avec l’espoir qu’un jour, son ombre portée sera abolie, comme le signe d’une paix intérieure retrouvée, à l’image d’un soleil qui cesse de briller la nuit et vous transforme en Machiniste.

Mes anges de droite et de gauche chuchotent toujours autant, je ne les écoute plus que pour leur dire d’aller se faire mettre avec la morgue qui reste la mienne. La morgue où tout finit, somme définitivement conclue, où le fin fond d’une contrée résonne, où l’armée des ombres de toute une vie s’entasse avec un rythme soutenu mais sans obéir à un quelconque ordre des choses qui donc, n’existe pas. La Maternité où tout recommence, le Palais de Justice où tout se divise, un cabinet d’Huissier où tout se soustrait, je ne retiens plus que mon axiome : perdre pour regagner ; étouffer pour se libérer. Je suis Houdini, encore une fois, même cyanosé, j’exploite mon second souffle, Ali devient Manny Pacquiao, en comprenant bien que la course est un marathon et qu’il serait dommage de partir trop vite en dépit des brûlures de l’acide lactique. J’apprends à dompter mes crampes, à les gérer. J’ai « Mistral gagnant » et « Un homme heureux » entre les oreilles, ma femme dort sur mon épaule dans un Toulouse – Bordeaux et j’ai l’intuition que quelque chose change, en temps réel. Une intuition. Perdre pour gagner, la gorge serrée. Je le sens. Je vais être papa pour la deuxième fois mais je vais être séparé de mon premier enfant. La faille de San Andréa apparait d’un côté, mais j’entame la construction de la muraille de Chine de l’autre. Les huissiers, les disparus, le divorce. Tu ne sais rien de moi, rien ou si peu, ce que je veux bien te donner tout du moins et tu as bien raison, j’ai bien compris que tu ne retenais que mon bonheur. Perdre pour gagner, ma femme et mon second enfant.


2 réflexions sur “Mistral gagnant

  1. Félicitations, déjà. Pour le texte, et pour le reste bien sûr.
    Je trouve que ces derniers temps justement tu laisses un peu plus d’espace pour être compris. C’est très bien.
    Perdre pour gagner.
    Constat très actuel pour moi aussi, saloperie de balance.

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