L’ombre portée de Sysiphe…

La mort n’épargne personne, pas même les croyants – quels qu’ils soient – qui feignent la résignation pour supporter l’insupportable. Une façon de survivre, une échappatoire pratique, un refuge où les réponses ne sont plus obligatoires, où les responsabilités sont inutiles.

Se mentir à soi-même jusqu’à la Chute. Toi qui fais semblant de me lire pour me faire plaisir, toi qui me lis en espérant que je tombe un jour et que je sois encore vivant pour le raconter avec toute mon impudeur en trompe-l’œil, toi qui m’aimes juste parce que je t’aime, toi qui m’aimes parce que je te déteste à t’en crever les yeux, toi, eux, vous, bien cordialement, je vous mens peut-être, j’aime à le croire, pour ne pas me réveiller un jour et réaliser que pourtant, tout ça m’arrive bel et bien.

J’avale les barbelés comme les mojados avalent la boue du Rio Grande, j’essaie de fuir, je cours longtemps pour échapper à mes démons mais mon ombre ne fatigue jamais. Ils restent à l’affût, patients, créanciers tenaces comme dans un Sergio Leone. Louis Deibler nous attend tous quelque part et c’est une fois arrivé à ses pieds que le chemin parcouru prend tout son sens. Point de sortie au bout du tunnel, la sortie, c’est chaque millimètre du putain de tunnel. De la crasse magnifiée aux petites lueurs pourtant verdâtres que chacun transforme en faisceau de Maglite virginal, ton quotidien me paraît fade quand pourtant, tu le conjugues au futur avec plaisir, les inverses étant aussi vrais. Viens le moment où l’on sabote la partition où tout sonne trop parfaitement, pour une question d’équilibre dans le chaos, comme attiré par le vide, comme une nécessité absolue de recommencer de zéro, mais avec un certain lest dans les poches pour ne pas (re)partir à armes égales avec les autres. Pour mieux invoquer une excuse quand l’heure de se justifier viendra, pour mieux obtenir la compassion et l’attention dans l’œil de l’autre, notre Autre, celui qui (devrait) rythme(r) vos nuits et vos jours…

Je mens, tu mens, il mens. Tout à la première forme du singulier, quelque soit le sujet, il n’y a pas d’erreur. Que le verbe réfléchisse ou non. Que vous le fassiez pour de bonnes raisons ou des motifs moins avouables. Mens, réfléchis ou pas, tes démons et toi, seuls oui, dès que tu gagnes l’horizontale, dès que tu te crois à l’abri derrière tes paupières… je ne t’envie pas, la pire des punitions est d’être prisonnier de ces silences, de cette résignation initiale, de ce vertige qui fait que tu détruis tout sur ton passage pour mieux embrasser le désordre, le Rien et ta solitude, la même qui t’as enlacé au berceau, celle-là même qui te bordera au caveau.

Vivement…

3 réflexions sur “L’ombre portée de Sysiphe…

  1. Tu parlais d' »un » Buffet Froid dans ton enterrement vol.1 bis, et de plus en plus ca blog me fait penser à la barque à la fin de ce film, avec les billets comme des coups de rame. Où va-t-on (à part à nos enterrements) ? C’est un peu ce qui me pousse à attendre la suite, je crois, peu-être, enfin je ne sais pas. Je m’y sens bien en tout cas, that’s why…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s