La mécanique du Terminus

En dépit du maigre degré sur le thermomètre ce matin, une douceur certaine régnait sans que l’humidité ne se fasse sentir. Pourtant, le brouillard habillait délicatement les silhouettes qui, en nombre inhabituel, allaient et venaient déjà. 09h08 au loin, sur le cadran de l’église : à mesure que je m’en approchais, des grappes de piétons d’un âge certain, bras dessus bras dessous pour l’essentiel, convergeait très lentement vers la place de cette dernière. Un étrange ballet matinal de gens qui se dévisageaient soit car ils se connaissaient réellement, soit car ils avaient compris qu’une même cause les avaient amenés ce matin au même endroit, à la même heure.

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Le soleil nimbait le brouillard d’une auréole opaline, ne parvenant pas à percer totalement les nuages. Le halo, le rythme et la mécanique de mouvement de ces grappes humaines semblaient obéir à une chorégraphie exécutée à la perfection. En temps réel, la scène avait tout d’une séquence de documentaire imaginaire, celle mille fois inventée où des éléphants, poussés par un hypothétique et immuable instinct et une force magnétique, se dirigeraient inexorablement vers le cimetière de leurs ancêtres, au ralenti

Parvenu à ma destination et ayant dépassé le parvis, je me retournais pour observer le tout, avec recul. Je faisais le point, ne voyait plus que ce boléro funeste comme un témoin lointain. Tout s’emboîtait, je comprenais ce à quoi j’assistais avec la sensation étrange d’en faire quelque part un peu partie sans que personne ne me voit.

Juste devant moi, un septuagénaire s’étant improvisé cycliste pour l’occasion s’arrêtait sur le bas côté de la route, face au trottoir, descendait de son vélo avec beaucoup de précaution et apposait ce dernier contre un réverbère. Il remontait une contre-allée pour se joindre lui aussi à la nuée de personnes s’étant donné rendez-vous sans le savoir. Une femme plus jeune que les autres remontait l’esplanade pour s’en éloigner et se retrouver seul, un mouchoir à la main, les yeux plissés. Le tableau était complet. La dernière touche, c’était le casque sur mes oreilles qui allait me l’apporter, comme si j’avais été convoqué à assister à cette scène avec le petit plus personnalisé : les morceaux s’étaient succédé de manière aléatoire pendant tout ce temps. Au moment où tous les acteurs avaient pris place résonnaient alors les premières notes de « La mort n’est pas une fin », miroir vers Agatha Christie, nouveau clin d’œil du hasard

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