Le jour où mon oncle est mort…

Le jour où mon oncle est mort, une fenêtre s’est fermée au premier étage pour mieux voir une porte s’ouvrir au rez de chaussée.

Ma mère me l’a appris par SMS. Comme un bon vieux texto de rupture, mais définitive celle-là, la faucheuse en accusé de réception. Je suppose qu’elle ne voulait pas me l’annoncer tout de suite de vive voix. Parce qu’elle en aurait été incapable en fait. Plutôt que de rester muette au téléphone et de me laisser sans savoir plus longtemps avec un concours de blancs qui aurait rendu fier le Ku Klux Klan, elle m’avait fait savoir « ça » par écrit.

zeca

 

J’ai reçu et lu le SMS au travail. J’étais moi-même au téléphone, en fait. Mon interlocuteur monologuait. Je devisais avec le silence en lisant le message et même de longues minutes après. Je savais que mon oncle allait sous peu rajouter son nom à une liste déjà longue, les conditions étant réunies pour un retour simple express dans l’eau douce du Tage, en cendres. Personne autour de moi n’a perçu quoi que ce soit. Personne ne l’a jamais su, je côtoie encore aujourd’hui une grande majorité de ceux qui m’entouraient à ce moment-là. Je me suis tu. Pas ressenti le besoin de partager. Pas eu la force, sans doute aussi. J’étais ému. Tellement. Mais incapable de l’exprimer. J’ai forcément plus de recul désormais. Et au lieu de me demander s’il était normal que je me taise, que je ne déserte pas mon poste comme la situation aurait pu l’exiger, je me demande aujourd’hui simplement si les gens autours de moi n’étaient pas possiblement en train de vivre une situation similaire, qui m’aurait échappée aussi comme elle leur avait échappé me concernant. Des gens ne parlant pas la même langue. Ne parlant pas, tout court. Je me suis vu dans le miroir Yata no Kagami. La fenêtre s’est fermée au premier étage pour mieux me faire voir la lumière du rez de chaussée et une porte grande ouverte que je ne passais sans doute pas tout seul ni le premier. Hugo. Lena. Elio.

En misanthrope assumé et apôtre du grand silence, il est rassurant pour moi et peut-être surtout pour les autres de redécouvrir que l’on connaît, comprend et apprécie ou déteste (les deux fils d’une même mère) son prochain finalement beaucoup mieux que les autres, les « normaux », les Humanistes, les Philanthropes, les Droit de l’Hommistes du dimanche tout en demeurant extrêmement sévère avec soi-même. Être un bon misanthrope passe par aimer son prochain pour ce qu’il est et ce qu’il n’est pas (pour sans doute mieux le détester), fermer sa gueule, rester dans l’économie de moyen dans la communication avec autrui pour se concentrer sur l’essentiel. Si je me tais plus souvent que toi, ça n’est pas pour autant que tu as plus souvent raison que moi. C’est juste la différence entre un éventail et une éolienne. #troublesduspectreautistique

 

 

Une réflexion sur “Le jour où mon oncle est mort…

  1. « avec un concours de blancs qui aurait rendu fier le Ku Klux Klan » punchline de malade… écris pour les plus grands!!! Merde!!!

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