Fuzi : l’enfance de l’art

Fuzi continue de creuser son sillon entre violence et enfance avec une série de dessins improprement intitulés « dessins noirs ». Il s’agit en réalité de faire apparaître la  couleur dissimulée sous une couche de peinture noire. Fuzi, à la manière d’un explorateur de l’enfance s’échine à faire ressurgir l’arc en ciel que  chacun d’entre nous a vu disparaitre sous la brume progressive des années. Le festival de couleurs de notre enfance, l’émerveillement systématique et une forme relative de félicité ont laissé rapidement la place à des sentiments moins nobles qui finissent par assombrir les êtres. Si l’on prend le temps de l’introspection, comme nous invite à le faire Fuzi, nous pouvons resituer assez précisément le moment où nos premiers effluves de noir sont apparus : première convoitise, petit acte de lâcheté, déménagement, divorce parental, rencontre avec l’argent… A chacun sa manière de mettre un pied dans l’âge adulte. Loin de tomber dans un tableau idyllique de l’’enfance, Fuzi en traduit la complexité au travers des sujets dessinés : la domination et les rapports de violence qui se développent dès la cour de récréation ne sont pas oubliés et sont même au centre de la plupart des compositions.Fuzi s’évertue à restituer ces moments originels par bribes : en mettant en lumière la couleur et en rendant hommage aux formes de l’enfance. Un minotaure primitif assoit de façon peu convaincante sa suprématie momentanée, les entrailles du roi font jaillir les couleurs farouchement dissimulées au prix d’une certaine souffrance, comme si l’exposition de son enfance devait s’apparenter à une faiblesse…  Là où Keith Harring révélait ses sujets en les cernant de noir, Fuzi libère les siens en les entourant de couleurs, comme un enfant dessinant sur une carrosserie poussiéreuse.Comme dans la plupart de ses œuvres, Fuzi nous interroge sur notre enfance : quelle part de l’enfant que j’étais suis-je prêt à voir en face, et qu’ai-je fait de mes rêves d’enfant. Très loin de l’esthétisme adulte et limite publicitaire de certains de ses confrères du street art, Fuzi assume plus que jamais ses imperfections, il en a fait sa marque de fabrique. Le chemin pour nous est forcément moins accessible, plus complexe et long mais une fois parcouru il nous donne la sensation d’avoir retrouvé la photo de classe de primaire où figure notre ancienne fiancée. Je ne  sais pas ce qu’est devenue cette petite fille aux chaussures vernies mais je suis heureux de pouvoir encore reconnaître quelques traits du garçon qui la regarde discrètement. C’est finalement dans les aspérités que  se révèlent les espoirs.

Olivier CaTin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s