Fuck avoir un père, j’préfère que Booba m’éduque (1)

Dur constat mais à l’approche de la trentaine et à l’heure d’un énième bilan de vie, force est de constater que les enseignements de B 2 O m’auront été plus bénéfiques que ceux du paternel.

Avec une drôle d’impression tout de même : celle que mes potes d’enfance ont retenu « j’suis bon qu’à péra, à causer du tort au code pénal » tandis que je restais focalisé sur « j’ai fait la guerre pour habiter rue de la Paix / je ne manque jamais à l’appel quand c’est le jour de la paie ».

En cinq ans j’aurai multiplié ma bourse de 600€ par 6.66, (« aucun n’insiste j’combats le 6.6.6 »), j’aurais renoncé à faire la thèse qu’on me proposait pour préférer un premier salaire correct, avant de tout remettre sur le tapis pour une nouvelle aventure et un traitement doublé, je me suis fait à l’idée de n’avoir aucun talent et j’ai croisé tellement d’anciens potes à qui cette lucidité faisait défaut, j’ai même décliné une invitation à entrer en franc maçonnerie… Avec à chaque fois bien en tête les enseignements de Booba.

Premier épisode de ce parcours non chronologique :

« J’m’arrête au feu les mc’s lavent mon pare-brise »

Bravant la fournaise de ma ville sudiste, j’avais décidé de me rendre dans un de ces rassemblements hip hop familiaux où se côtoient punks sales, enfants de 5 ans, skateurs, mecs du quartier et autres conseillers municipaux. Dans cette foire exposition de tout ce qui se fait de plus consensuel je savais que je finirais par croiser quelques vieilles connaissances.

Pour briller en société j’avais mis tous les atouts de mon côté. Mon éternel 501, mon polo Lacoste à bandes rose et beige et mes mocassins en nubuck : pour le public présent je devais avoir l’air d’une vraie pédale.

Assez vite je croisai quelques vieilles connaissances travaillant sur leur énième futur premier album. Mais je dois le reconnaître, ce fut tout de même agréable de nous retrouver.

Au bout de dix minutes, constatant que nous n’avions plus rien à nous dire, nous avons été sauvés de l’ennui par une autre bande de joyeux rappeurs.

Il doit exister un théorème caché parmi les lois de la nature qui démontre que moins les rappeurs sont bons, et plus ils sont entourés. Ceux-là étaient carrément suivis d’une horde d’enfants et de jeunes filles en fleur. Du coup nos mc’s ont un peu hésité avant de me serrer la main en public… Voyant que je discutais avec les sommités locales, il a dû leur sembler préférable, dans le doute, de me saluer, tandis que leur suite regardait du coin de l’œil mes mocassins comme source manifeste d’émerveillement.

Je dois le confesser, je ne connaissais pas ces gens, j’ai appris par la suite qu’ils avaient un nombre impressionnant de « vues » sur youtube, ce qui est, semble-t-il, le comble de la notoriété, donc du talent.

J’ai tout de même décidé de rester et de prêter une oreille à ce que ces jeunes gens avaient à dire à l’organisateur :

– Faut qu’on fasse le point avant notre freestyle

– Ouais, si tu veux

(à ce stade de l’exposé le lecteur est en droit de se demander s’il ne perd pas son temps avec toute cette connerie)

– On a fait le plein pour la voiture

(à ce nouveau stade de l’exposé je me dois de vous préciser que j’utilise le mot voiture mais qu’il se peut absolument qu’un autre terme ait été préféré ; je sais en revanche que les mots « vago » et « turvoi » n’ont pas été employés ; le second ayant été entendu pour la dernière fois dans le titre « la puissance » de feu Rohff)

– Ouais

– Ben, ça fait 24 euros, et le péage ça fait deux fois 12 euros mais j’ai perdu un des deux tickets.

(je ne mettrai pas ma main à couper mais je pense que cette dernière phrase a été pondérée par « t’as vu »,)

– Ouais

– Comment on fait, tu peux nous donner 48 euros ?

– Faut voir

– Vas-y, c’est moi qui ai payé l’autoroute, t’as qu’à me donner 24 euros à moi, et 24 euros à mon pote, c’est lui qui paie l’essence.

Nous allons arrêter ici ce bien bel échange.

J’en conviens, en regardant ce type qui avait sensiblement mon âge, essayer de gratter 12 euros et travailler le weekend end pour l’Art et la Gloire j’ai eu un peu de peine. Pas trop non plus car tous ces types négligent Booba, pour au final se retrouver à incarner cette phase «  t’as pas d’crédit sauf à la banque t’es qu’une grosse merde ».

Envahi par le spleen je quittai ce si bel endroit au volant de ma voiture neuve, la climatisation bloquée à 24°. Au feu, un jeune roumain particulièrement sale se précipita sur mon pare-brise pour le laver.  Une fois son rude labeur effectué, je baissai les vitres fumées de mon véhicule et lui donnai 12 euros dans un immense élan de générosité. Il faisait chaud dehors, je remontai rapidement la vitre pour ne pas faire monter la température intérieure du véhicule. Je filai à vive allure vers ma maison avec le sentiment du devoir accompli.

Coming next : écoute-moi, 6 000 balles pour travailler tout l’mois j’m’en bats les couilles, moi.

Olivier CaTin

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