Anderson of a Gun

Comme une envie de pisser. Un œil sur le téléphone : 04:54. La carte principale est commencée mais le main event est encore dans les starting blocks. Pas un bruit, je me lève, laisse mes filles et ma femme disserter avec Morphée, fais un crochet par la cuisine, lait frais, chocolat, ça grince, ça gargouille, ça pique mais le GPS est en marche, mon fauteuil clignote dans le radar.

Même en tant que simple spectateur, tu as toujours l’adrénaline qui monte, tu sais qu’il va se passer quelque chose de grand. Tu te conditionnes pour que cet instant nocturne se passe comme tel et tu sais que, quoi qu’il arrive, tu t’en rappelleras bien des années après. Souvent, les rendez-sportifs sont des marqueurs temporels, des repères qui te permettent de te rappeler d’une époque, de la replacer sur l’échelle du temps. A l’instar de sorties de disques, livres ou films, également. Ils sont aussi des moments que tu partages avec d’autres et tu sais, des années après, où tu étais et avec qui à ce moment-là. Des moments qui durent 30 secondes ou 2 heures mais qui écrivent une histoire en direct et donnent matière à en raconter d’autres bien après. Quitte à rassembler des gens qui n’ont a priori (jamais) (plus) rien à se dire et rien en commun. Comme la drogue, la guerre ou le sexe.

Ce rendez-vous, je l’ai déjà vécu avec d’autres légendes (n’ayons pas peur des mots). Tyson. Maradona. Jordan. Ronaldo. Zidane. Tu sais qu’en un  instant, le sport s’efface et c’est l’esthétisme qui prend le dessus. Tu apprends le Beau sans en avoir demandé le sens. Ils te le donnent.

Cette fois, c’est avec Anderson Silva. Il y avait déjà eu déjà plusieurs précédents qui ont contribué à la rédaction d’une longue page dans mon panthéon personnel. Les deux combats face à Rich Franklin en 2006/07 où il prend la ceinture lors de son deuxième jalon à l’UFC 64 puis pour la revanche à l’UFC 77. Le staredown et le front kick contre Vitor Belfort. Et avant, la démonstration extra-terrestre face à Forrest Griffin à l’UFC 101 où il marche sur l’eau. Like in Water, le nom du documentaire qui lui a été consacré, justement, suit un autre combat ayant contribué à lui donner ses lettres de noblesse, face à Chael Sonnen : un personnage au bagout assez incroyable, as de la rhétorique et du trash talking qui aurait pu réussir à vendre un pay per view de MMA à Gandhi et qui a poussé Silva jusque dans ses derniers retranchements, le dominant comme personne ne l’avait jamais fait en dehors et dans l’octogone jusqu’à 1’40 du terme des 5 rounds et un triangle choke tombé du ciel. Conférences de presse pré et post combat, pesée, staredown, le tout est rentré dans l’Histoire. Un scénario de film de bout en bout que tu ne croirais même pas/plus dans une Série B mais qui s’est pourtant juste déroulé sous tes yeux.

La revanche a lieu maintenant. Le contexte du combat est encore plus électrique que le premier. L’entrée sur le « Ain’t no sunshine » de DMX. Ronaldo, Kaká, Junior Dos Santos, Jon Jones, Seagal dans le coin du brésilien avant les vérifications d’usage par le soigneur. La vaseline soigneusement essuyée et enduite sur ses bras par Silva. Les consignes de l’arbitre Yves Lavigne qui fera essuyer le brésilien avant le début du combat.  Le reste ? Un premier round au sol qui reprend où le premier duel s’était terminé avec Sonnen tentant par tous les moyens de noyer Anderson Silva. Mais la suite n’obéira plus au scénario d’un remake. Un spinning back fist raté plus tard, Sonnen se retrouve sur les fesses. La porte est ouverte, le taureau est prêt à être mis à mort. Le prédateur a fixé sa proie, ils savent déjà – et nous avec – que c’est terminé. En deux pas, au ralenti, Silva s’approche. Avec la grâce d’un danseur de ballet qui a un requin marteau au bout de chaque bras et qui ne veut qu’une chose : briser le bocal à huit faces, avoir le contrôle de l’adversaire et chercher son K.O tout en obéissant à une partition où la violence devient belle, où le rythme qu’il choisit d’imprimer permet de devancer tellement facilement toutes les intentions de l’autre, le fatiguant juste avec ses gammes habituelles mais si imprévisibles ;  un changement de garde, une feinte ou en baissant les bras, au sens propre. Il marche sur l’eau, encore. Sur la Mer de la Tranquillité, en vérité. Un coup de genou dans le plexus et le stand up a tourné court, le reste n’est plus que pluie de droites.

La chorégraphie suit son court, Silva à genou au centre de l’octogone, deux de ses fils qui débarquent en costards et en pleurs dans ses bras, Bruce Buffer qui sample la même sentence de fin depuis 2006 à chaque combat du brésilien, la ceinture remise par Dana White, l’interview avec Joe Rogan et l’invitation ironique mais tellement savoureuse à Chael Sonnen pour un churrasco au Brésil. Tout est imprimé dans la rétine, une série de diapositives dont je fais la jonction, le collage et l’animation régulièrement pour alimenter mes propres High Lights personnels au petit matin, nourris de ceux de mon père, en héritage.

Aller directement à 2h15:29

http://www.dailymotion.com/video/xs0uxv_replay-ufc-148_sport?start=8129&forcedQuality=sd

 

 

5 réflexions sur “Anderson of a Gun

  1. Très bon billet. J’adore le passage « En deux pas, au ralenti, Silva s’approche. ». C’est exactement ça : « au ralenti ». Chael semble tétanisé, paralysé. L’autre marche comme si c’était écrit, inévitable. Par contre, étonné que tu n’ais pas cité Federer. ;)

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  2. J’étais certain que d’une manière ou d’une autre, tu tomberais sur ce papier, je le savais. Hyper honoré pour RIddum. Et félicitations pour toi/vous, surtout, bonjour à toi, dammm.

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