Les particules de Dieu.

Tu ratures, tu ratures jusqu’à trouver le bon rythme, le bon vocable. Et encore, raturer est un privilège. Tu couches au moins quelque chose, et ça n’est pas donné à chaque occasion. Tu attends d’être frappé par la foudre, d’être appelé, mis sur la voie. Parfois, sans succès. Le train bleu de Coltrane est passé et tu n’es pas monté. Même pas dans le dernier wagon. Alors, tu laisses passer de nombreuses occasions. Tu attends que la marée monte, sourde, et alors, oui, tu sais que cette fois, c’est la bonne et qu’il va falloir en profiter vite et bien.

L’inspiration, c’est un peu comme être dans une pièce calfeutrée et éclairée d’une simple ampoule à baïonnette. Tu es seul avec ton ombre portée, en dialogue avec le tout et le rien et tu attends. Tu attends qu’un fusil à lunette éclate l’ampoule et plonge la pièce dans le noir. La pièce, c’est ta boîte crânienne. Un mot, une phrase, une odeur, les rouages se mettent en branle, tout semble s’imbriquer parfaitement pour livrer une mécanique musicale interne qui échappe à tous sauf à ton oreille. L’ampoule n’est plus et tu disposes du temps où le filament est encore incandescent pour donner vie à ce qui était alors indicible / non-dit. Le verre brisé a beau te tomber sur le coin de la gueule, tu profites de cette fenêtre temporelle pour pouvoir y voir encore quelque chose avant que le sas ne se referme irrémédiablement et que tu ne puisses plus en sortir sans encombre. Sans les mains vides.

J’ai une mémoire déficiente. Plus que sélective. Un mauvais menteur. Un mauvais conteur. Pour éviter de perdre ce que je peux formuler lors de ces éclipses-là, je résume mes phrases, paragraphes et papiers en mots-clés. Chacun d’entre eux me permet de remonter le fil, de connaître mes pistes et de dérouler la gaine de myéline entre les constellations tapissant mon chef. L’étincelle prend, le vertige, la pièce se vide, le vertige. Tu sens que tu TIENS quelque chose, quelqu’un. Tu n’as pas besoin qu’un tiers te le dise, te confirme quoi que ce soit. Cette certitude chasse les doutes, au moins pendant la conception.  Électrons. Quarks. « Sans » le champ de boson, vous existez mais vous n’êtes rien. Sans ma constellation personnelle, je ne suis pas plus. Un mot, une phrase, une odeur et tout s’accélère.  Tout n’est qu’histoire d’attraction et répulsion. Je décante mon passé, ma culture, mes expériences pour affiner un antidote. Puis je relie ces points de fixation un à un pour qu’ils entrent en collision. Les particules qui viennent de je ne sais où pour aller à ma rencontre et parfois à celle des Autres. Les Autres, ceux-là même derrière le viseur avec l’ampoule en ligne de mire…

2 réflexions sur “Les particules de Dieu.

  1. les ampoules je les ai aux paumes..de crispation sur le stylo..un lien pour une recette? Une réponse toute faite a la sécheresse ?

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