Infamous Œdipe

Goin through the emotions, of gun holdin
Long shotguns down my pants leg limpin
Killer bee who still livin, even my pops too
He taught me how to shoot when I was seven
I used to bust shots crazy
I couldn’t even look because the loud sound used to scare me
I love my pops for that…

(Prodigy – Quiet Storm)

T’es un grand, on est des p’tits, nous on s’en bats les steacks
Mais on respectait quand même, j’vais pas t’mentir,
On s’disait « Tu nous hagar, c’est pas grave, on va grandir »…

(Salif – Warriors)


 

Gun power by sha2001

En vérité, tu aurais du finir le travail. Aller au bout d’une de tes traditionnelles raclées et me laisser pour mort, une bonne fois pour toute. On n’en serait pas là aujourd’hui à régler des comptes chacun de notre côté, nous, comptables damnés essayant de résoudre des équations à inconnues toujours plus nombreuses pour régler une addition sur mesure pour le larfeuil du FMI.

Je me souviens de la fois où je t’ai entendu raconter cette histoire où tu t’étais fait battre plus que sévèrement par un groupe de mecs nettement plus âgés que toi. Et de ce que tu avais réussi à dire, si ce n’est à eux, dans ta tête, alors que les rouages y fonctionnaient encore avec un instinct de survie hors-catégorie : « Un jour, dans 15 ans, j’aurai l’âge et la force que vous avez aujourd’hui. L’heure aura aussi tourné pour vous, il vous faudra rendre des comptes. »

La vengeance est un plat qui encombre les étaux de chez Picard à toutes les sauces. L’heure vint, le sang aussi. Celui qui était à l’époque frêle ne l’était désormais plus. Le sang appelle le sang, rare de tomber sur une boîte vocale. L’important est la chute, France Telecom en connaît un rayon, j’aimerai assez connaître celle de ma vie pour couper court au moment où je l’aurai décidé si d’aventure je faisais trop de victimes collatérales innocentes.

Ce récit conditionna ma propension à la rancune tenace, voire obsessionnelle. Elle engendra également un embryon de paranoia que je nourrissais comme un rituel : sur le chemin de l’école, pendant que Pierre, Paul et Jacques causaient algèbre et jeux de langues, je peaufinais un discours que j’entendais déclamer le jour où viendrait mon tour de me faire passer à tabac. J’étais ainsi persuadé de devoir tomber la veste ou autres effets personnels par plus grands et plus forts que moi au beau milieu de cette cour des miracles qui s’étendait depuis l’entrée de l’école jusqu’à la porte de mon bunker familial. Devoir passer par le racket, l’humiliation, les coups, le sang. Mon discours s’affinait d’allers retours en allers retours avec une solennité équivalente à un transfert de cendres au Panthéon. Elle calquait ni plus ni moins que la tirade paternelle.

Une fois le monologue maîtrisé, ne restait plus qu’à baliser un terrain dont la topologie révélait des sables mouvants pour le moins affamés. Je me souviens comme hier de la première vision du feu, de l’attraction qu’il exerçait sur moi alors que je n’avais même jamais joué au cowboy comme n’importe quel autre petit enfant de mon âge auparavant. Poli, froid comme mon père. Muet et décidé à se faire respecter, comme mon père. Arme de destruction massive dont la simple présence désamorçait une situation avec le risque omniprésent que le démineur finisse personnage principal du Fugitif aux côtés d’Harrison Ford, mais sans prothèse aucune. En route vers la carrière, j’avais hésité à stopper le film, comme si j’avais le Director’s Cut. La peur, le goût du sang dans la bouche, arôme métallique qui annonçait déjà l’outillage dont il fallait que j’empoigne le cartilage chassis/crosse. Avec les années, j’entrevois le lac artificiel qui embrassait en partie ce terrain de chasse de fortune comme un pendant aux cercles de l’Enfer de Clamence à Amsterdam.

Le golf n’aurait plus eu de secret pour moi si j’avais eu un club ce jour-là. Mon instructeur était placé derrière moi, enserrait mes mains qui elles-même étaient refermées sur le Calibre .45ACP. J’avais peur, tirais, puis souhaitais courir et m’enfuir sans plus me retourner, sans jamais m’arrêter, loin de tout et de tous. Mais je continuais, jusqu’à être familiarisé, même si je tremblais de tout mon corps durant de très longues minutes où je détestais la terre entière de ne pas avoir voulu me tirer de là. Larmes de guerre. Les détonations se plaçaient comme des clés de Sol naturelles sur la portée de ma tirade. J’étais fin prêt pour être aux premières loges d’un cours de musique qui rimerait avec peur, dissuasion, pouvoir et mort, le métronome ne pouvant s’arrêter que lorsque mon pacemaker naturel l’aurait décidé… Un jour moi aussi, je serai grand, et vous le serez beaucoup moins.

10 réflexions sur “Infamous Œdipe

  1. Ce papier a engendré un océan de non-réactions qui m’a fait assez rire. ALors ok, j’ai pas 60 commenatires par articles d’habitude, mais j’ai toujours beaucoup de retours (plus ou moins éloquents) en privé. Là, officiellement, que dalle. Genre un gros putain de malaise. Rien que pour ça, j’ai kiffé.

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  2. ma boulangère est un très, très mauvais exemple.
    John King = simple renvoi d’ascenceur / comme suggéré, moi pas écrire.

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  3. Ma question c’était : pourquoi tu me renvoies à cette référence (qu’encore une fois, je ne connais pas). J’ai googlé vite fait pour cerner le bouquin, suis tombé là-dessus en 1ère entrée :

    http://livres.fluctuat.net/john-king/livres/human-punk/2347-chronique-human-punk-john-king.html

    Donc, je crois avoir compris. Sauf que : tout ce que je raconte « ici » est tiré de ma propre vie. Y’a pas de fiction ou de mise en scène, si ce n’est la mise en scène de la mémoire pour restituer l’instant T (pourquoi pas « i » d’ailleurs ? Trad de l’expression anglaise ?) avec plus ou mois d’à-propos.

    Ta boulangère est physio ou elle met vraiment du temps à filer des pains ?

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  4. Ma boulangère mérite des coups, John King en donne. C’est ton texte qui m’a fait penser à un passage de ce livre. Pas d’histoire de fiction/réalité… toi tu renvoies bien à Camus, non?

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