1995.sang.plomb

Je me proclame l’élu qui rime au nom des exclus/
Surpris de subir la vie et de presque plus en pleurer/
Je parle pour ceux qui pleurent des larmes rouges/
D’avoir pris les armes, prouvant qu’on est pas du même camp

Stone retaliation

Une affiche de recrutement tricolore. A force de la reluquer, je suis capable de la voir même les yeux fermés. Une histoire de persistance rétinienne, « y paraît ». Juste un moyen comme un autre d’oublier. Me concentrer sur tout autre chose, histoire de ne pas finir par dire ce que je ne pense pas. Le radiateur auquel je suis relié est également un de mes modèles, une sorte de sujet nu endossant le rôle d’attraction générale dans un cours de dessin et qui abolit tout concept de hors-champ. Il est LE champ. J’examine chacune de ses rainures. La peinture écaillée et la fonte brute qui affleure, les copeaux de peinture acrylique rouillés à même le sol, le nombre de boudins de l’installation, les moindres aspérités… Les questions, je ne les entends pas. Autisme caractérisé. J’ai débranché la prise coaxiale qui allait du tuner jusqu’au récepteur. Je ne parle pas et me focalise sur tout ce qui m’entoure et demeure inerte.

Deux heures auparavant, A. s’est pris du plomb dans l’œil. Un Icare des temps modernes. Une guerre qui aura commencé par un motif anodin, essence-même de ce type de spirales… Un amour propre atrophié de part et d’autre, l’escalade mais l’Everest pardonne rarement, qu’on soit prudent ou non. Un œil crevé. Mains et torses tâchés de sang. Chaud. Bouillonne, sourd non-stop. Les larmes se confondent en un faisceau de râles. Œil pour œil. En nature, cette fois. Direction un bureau, son affiche, son radiateur. Silence. Simple formalité. Pression et précautions de routines. Les couloirs du temps ont happé A. Un rapatriement au pays plus tard, celui qui pensait le plus sérieusement du monde que le JSK était le club du plus célèbre des Kennedy est devenu artisan et arbore un regard à la Slick Rick quelque part dans les montagnes du Rif. Il aura simplement eu le temps d’affirmer que l’œil crevé était celui de Caïn : comme un principe de précaution sponsorisé par le mektoub, il fallait en passer par là. Leçon de vie nécessaire, une épreuve parmi tant d’autres passées et à venir.

Qu’importe, l’œil pour l’œil eut lieu par la suite. Méthodique. Question d’honneur sûrement, stupide assurément. L’insupportable morgue de l’Autre mérite parfois celle du légiste. Menottes, clés, radiateur. Quinze ans plus tard, ça recrute toujours chez la Police Nationale.

ИBA/BWC

7 réflexions sur “1995.sang.plomb

  1. Ah ce putain de radiateur! Les poignés lassérés jusqu’au sang et l’annuaire jamais loin… Ce putain de trou a rat où se confondent odeur de gerbe, haleine putride de brigadier et la câque coller aux murs de la cellote, plongé dans le noir avec pour seul compagnie un chiotte turc!! Quand j’y repense… Moi aussi j’y ai laisser un oeil, celui de ma liberté…

    J'aime

  2. introspectif mais crypté. bien joué ! c’est marrant 2 jours après j’ai posté un court billet que j’ai titré « Sang Drapeau » sans avoir vu ton poste. je suis pas un sucker, promis.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s