Du sable dans les Boat (People)

L’épidémie de la grippe aviaire s’est déclarée. Elle gagne nos grandes villes, se propage à vitesse grand V. Les français s’enfuient à tire d’aile. Ils se dirigent vers les pays frontaliers, encore exempts de tout cas suspect.
Mais là, le rideau se baisse. On ferme les frontières. On nous condamne à rester de l’autre côté, malades. On choisit de nous regarder mourir, pour son propre confort en un sens.
Logique. Qui laisserait s’installer l’indigence en sa demeure ?
Pire. Des policiers en tenues de décontamination, bardés de champs stériles, nous déportent vers un endroit sain et sauf, pour les leurs. Sain et sauf car, à vol d’oiseau, il faudrait des jours pour revenir à pied à notre point de départ.
Inimaginable, en ces temps où tout se sait tout de suite, en ces temps de surmédiatisation, en ces temps de tragiques quarts d’heures warholiens.
Oui, mais…
OUJDA – ce 10 octobre 2005. Mamoutou n’est pas malade. Enfin, d’un point de vue strictement physiologique, médical, j’entends. Il est seulement porteur d’un trop plein de mélanine. Loin d’être de l’or noir, la mélanine. Mamoutou n’est pas venu au Maroc en touriste. Il y a seulement une chance sur deux pour qu’il soit orphelin, malade du sida, mutilé de guerre, affamé, apatride… Le genre d’héritage dont on se passerait. Il y a seulement 100 % de chance pour qu’il soit noir. Et pauvre. Bon, ça fait beaucoup.
Mamoutou ne saisit pas que, là, alors qu’il embarque menotté dans un avion pour Nouakchott, ses ancêtres les Gaulois ne lèvent pas le petit doigt pour lui.
Peur que le ciel leur tombe sur la tête. Sans doute.
Peur qu’un oiseau de fer n’atterrisse et n’accroisse la pandémie. Mais la pandémie véritable demeure encore la colonisation, conséquence d’un impérialisme gangrenant qui se veut rétroactivement toujours bienveillant. Paternalisme mué en rapports ancillaires se perpétuant encore aujourd’hui. Rémiges coupées au sécateur, encore aujourd’hui.
Mais… si les Etats-Unis d’Afrique ou d’Amérique débarquaient et annexaient un pays européen, et ce pendant minimum un demi-siècle, et qu’ils s’appropriaient toutes ses ressources, quelqu’un lèverait-il le petit doigt ? Et quand bien même personne ne réagirait, le pays annexé pourrait-il se relever du sort que lui a réservé la sangsue du sud, sachant qu’elle tient encore et les rênes, et les cordons de la bourse ? Où quand un oiseau de proie se voit couper les rémiges pour terminer gallinacé de basse-cour.
Mamoutou aime bien la politique-fiction. Pendant ce temps, il rêvasse aux Européens qui fuient le gant de velours qui les étreint et obstrue l’accès à la passerelle d’embarquement. La passerelle vers l’Europe, une mère adoptive ingrate, une mère comme Alzheimer en fabrique…

18/10/2005

Une réflexion sur “Du sable dans les Boat (People)

  1. Bon, comme je t’avais dit tout le bien que je pensais du premier article, je suis obligé de (re)lire le deuxième et de te (re)dire tout le bien que je pense de ce que tu écris.
    Garde cette touche « simple », je veux dire par là compréhensible, sans pour autant perdre du style. C’est un équilibre délicat et je pense que tu l’as trouvé , ne le perds pas. Sinon t’as plutôt des idées de merde, mais venant d’un extrême gauchiste comme toi ça ne me surprend pas .

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