Archive de Catégorie pour ‘rêves de cire’.
2001 : La Vie avant la mort. Le vitriot se fait une place au soleil avec R.O.H.F.F, T.D.S.I, 5,9,1, Qui est l’exemple ? et la pièce rapportée Get Down Samedi Soir après son Code de l’Honneur sans concession et anxiogène au possible.
Deux ans plus tard, Rohff accouchera d’une trilogie de la haine dont seul le Val de Marne a le secret. Jouant sur la partition de l’auto-justification devant la réussite et le succès à l’instar du 113 sur On l’a pas mérité suite au victorieux Princes de la Ville ou du Si je rappe ici d’Ideal J comme une demande d’excuses anticipée devant une signature imminente en major avortée à la dernière minute suite au décès de Montana L.A.S, l’ancien poulain de Phénomène Records du T.I.N d’Express Di retrouve l’essence du hardcore de ses débuts avec plomb à volonté pour qui approchera de trop près. Comme s’il avait refait le plein à la pompe, comme si le réservoir n’avait finalement jamais été vraiment vidé un jour.
2003 : A bout portant sur la compilation Fat Taf. Puis le maxi vinyle/cd Le son c’est la guerre. Titre éponyme produit par Sayd des Mureaux. Face B : Les vrais MC’s par Mooch. Près de 17 minutes d’aigreur, bile et haine balancées en sulfateuse à tout le rap français et son public. Triptyque furieux où chaque mesure est pensée comme une punchline qui marque comme les coudes de van Bommel. Exit les beats usinés pour les radios et les chanteuses au refrain, ici c’est reprise de Real Niggaz Don’t Die de NWA qui déroule une menace verbale interminable comme une pluie de coups dans un Octogone avec Fred Dudouet au mix.
Un maxi indispensable à ranger près de votre “Appelle-moi Rohff”. A bon entendeur…
Bonus track :

Moyen Age1 faisait partie du Côté Obscur originel aux côtés d’IAM et le Soul Swing & Radikal de Marseille, Sunjata de Montpellier et Up II Dat, groupe de Dj Steady, de Bordeaux. “Côté Obsur de la Planète“ sur Rapatitude 2 en 1992, puis plus rien ? Fin 96, Kif Kif Production lâche dans la nature une série de maxis violents dont le plus (injustement) méconnu reste “Le Moyen-âge est là !”… A l’époque, leurs showcases en Fnac marqueront les esprits.
2009 bientôt… La réhabilitation est méritée, le concept médiéval exploité bien avant ces crevures de Manau et avec une dose de sérieux – et surtout de talent – supplémentaires. Les deux productions claquent, les basses font trembler le simple vitrage de votre appart’ avec Le Pont-Levis au micro, Le Donjon aux scratches, La Tour à la basse et Les Remparts aux choeurs… “La violence s’entend dans l’accent”, qu’il disait. Les suiveurs de tendance et les escrocs inflationnistes d’EBay n’y connaissent rien, ne laissez pas passer ce maxi s’il passe entre vos mains ou entre deux clics.
“Détail” de pochette : Mastérisé par Carlton Batts au Hit Factory – New York. Ah wé, ceci explique aussi cela.
Autre détail : Le titre “Les usages d’une secte” vous rappellera sans doute une des lignes de “La Cosca” d’Akhenaton sur Métèque & Mat. On en reparle bientôt.
“Dans ma tête II (Chimiste Remix)” du Coup d’Etat Phonique… L’original est un peu beaucoup parmi les premiers sons hiphopement correct que j’ai pu écouté. Oui, avant le Conçu pour durer en 95, y’a eu MC Solaar, même si à l’époque, Mr Claude ne plaisantait vraiment pas au microphone. Des trucs plus honteux comme MC Hammer et Vanilla Ice, les punching ball de Suge Knight. Puis, la chance de tomber au bon endroit, au bon moment, d’avoir le frère d’un pote d’un pote, etc… qui taquine la cire, qui fait ses courses chez un disquaire, endroit pour le moins bizarre du haut de tes 13/14 ans… De hasards en hasards, des copies k7 circulent, on kiffe mais pas autant que lorsque nos oreilles seront assez mâtures pour capter le comment du pourquoi. 1995 / 2008.
Bref, la madeleine de Proust est ici signée Arsenal & Label 60 avec le remix scandaleusement dangereux de Chimiste qui a toujours su faire fumer les machines sur ses rares interventions à la console. “Dans ma tête II” ou un lifting sur mesure tout droit sorti de la clinique McNamara & Troy. Brillant, l’original de Lumumba l’était déjà. Sa relecture lui redonne un nouveau visage sans en altérer le grain de maîtrise qu’atteignait déjà son alter ego avec Doc Odnok et Egosyst au contôle.
La face B est helvète en la personne des Petits Boss avec Dj Mehdi et son sampler si singulier. Un son estival, le refrain rentre directement Dans ta Tête sans que “La Voix claire” ne quitte cette satanée boîte crânienne et ses tympans. Tout est calculé à en croire le titre de la face A déjà évoqué plus haut.
Alors que nous faisions les courses avec mon compère Somnoleur, j’ai eu la chance de fouiller le bon bac, tandis que lui se démenait avec les déchets de maxis r’n’b généreusement soldés (juste retour des choses quand je sais le nombre incroyable de maxis que cet enfoiré a soulevé dans sa carrière de digger). Au milieu de toutes ces merdes, dans le magasin le plus comique de Bordeaux, je suis tombé sur ce formidable vinyle du Black Desperado.
Sorti en catimini en 2001 pour annoncer « L’amour est mort », l’album alors à venir d’Oxmo, ce maxi deux titres n’a pas eu l’écho qu’il méritait. On aurait pu parler à loisir du titre « Ghettos du monde », des rimes assassines balancées par le Black mafi-o-so, de la façon de découper la boucle de son éternel compère Dj Sek ou même de la belle pochette concoctée par Armen. Mais tout ça est presque anecdotique dès lors qu’on retourne le vinyle et qu’on fait jouer la face B. Là se trouve un trésor ignoré du rap français : le titre « Je rappe pour rien » avec le géant Dany Dan. On avait déjà pu entendre ces deux là sur le morceau « A ton enterrement » mais ici la prestation des duettistes dépasse l‘entendement.
D’abord il y a cette boucle cuisinée aux petits oignons que Dj Sek a la gentillesse de laisser tourner, le temps pour l’auditeur de nourrir les espoirs les plus fous. Et là, avant de se rendre compte de ce qui lui arrive il voit débarquer Pop Dan avec son aisance habituelle qui vient raconter ses souvenirs avec un grand sourire aux lèvres. Toujours scotché à son fauteuil il prend de plein fouet le refrain qui ouvre le boulevard à Oxmo… Un couplet mémorable en forme d’hommage aux Sages Poètes de la Rue avec un brin de nostalgie. C’est bon, arrêtez, laissez souffler cet auditeur, il frôle l’asphyxie; c’est qu’il avait perdu l’habitude d’être pris à la gorge comme ça le pauvre (pendant ce temps Dany Dan envoie un deuxième couplet plus égotrip). Ah, Ox a quelque chose à rajouter, merde, il en remet une couche sur ses souvenirs d’adolescence avec toujours ce flow tellement carré qu’il semble évident. « Auditeurs et spectatrices applaudissez c’était les charismatiques pratiquants du rap magique »… Paralysé sur sa chaise, l’auditeur ne peut s’exécuter, tout juste peut-il commencer à se rendre compte de l’énorme gifle qu’il vient de recevoir et de réaliser que non, le rap n’est pas mort.
Ce titre, « Je rappe pour rien », était en fait annonciateur de la débâcle : « mon deuxième album était bénévole » racontera Oxmo quelques années plus tard. Peut-être que sept ans après sa sortie le public français aura compris qu’il a laissé passer une sacrée pépite dans son tamis percé. Quoi qu’il en soit cet inédit gravé dans la cire noire est sans conteste le meilleur duo jamais réalisé en France. Il fallait qu’on en parle.
Olivier CaTin
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