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booba 0.9

Contribution à l’étude des rapports (le mot parle de lui-même) entre un artiste et son public.

Avant toute chose il faut se remémorer ce fameux concert où Booba a dû casser une bouteille de whisky sur une partie de son public. Globalement c’est l’info qui a été retenue, alors que l’événement était ailleurs. Il était précisément dans les sifflés de ce public. Qu’est-ce qui pousse un mec à payer une place de concert à ce prix là pour aller siffler un chanteur ? Poser cette question c’est déjà faire fausse route, c’est se placer sur le terrain du rationnel alors qu’on évoque une passion. Rappelons que les crimes passionnels sont moins sévèrement punis par la justice. L’objet de la présente étude n’est donc pas uniquement de dénoncer les actes commis sous l’emprise de ce feu brûlant, mais aussi d’y trouver certaines circonstances atténuantes.

Booba a entretenu la flamme de la passion avec son public en jouant savamment sur ses fantasmes et en les alimentant. L’acte fondateur c’est la sortie de prison du rappeur. A partir de là il s’assure une légitimité. Il va donc se trouver une partie de son public pour faire une confusion entre Booba, l’artiste, et Elie, l’homme. Personne ne demande à Christopher Reeves de s’envoler dans les airs (le pauvre a déjà du mal à chier tout seul), tout le monde sait qu’Hervé Vilard n’a jamais embrassé de fille à Capri (ni ailleurs) ; il y a pourtant des types qui voudraient qu’Elie soit ce chauve avec un gun, parce qu’il l’a dit dans ses textes.
Le public pousse l’amour de son idole jusqu’à exiger qu’elle accomplisse ce qu’elle raconte dans ses chansons. Rappelons-le : il s’agit de chansons.

Mais railler ces pauvres gens pour leur candeur c’est oublier que Booba a alimenté ces sentiments : il a joué sur la corde sensible d’un certain public qui aime se toucher en rêvant sur le degré de racaillerie d’un mec. Quand ce public se rend compte que le mec en question n’a rien de racailleux, il a honte de s’être touché le sexe en pensant à un homme dur, et plutôt que de se dire qu’il s’est fait baiser (ce qui ne devrait pas être pour lui déplaire, normalement), il préfère casser sa poupée. Logiquement, les mecs auraient dû se demander pourquoi il était si important pour eux qu’un artiste ait vécu ce qu’il chante, dès lors que ce qu’il chante leur plaît. Mais entrer dans ce genre de considérations, c’est déjà s’avouer, à demis-mots, l’inavouable : je veux qu’il soit comme il chante car pour apprécier (un artiste) j’ai besoin d’aimer (un homme). C’est un comportement, paraît-il, plutôt féminin : avoir besoin d’aimer pour pouvoir faire l’amour. Etrangement le public rap fonctionne sur les mêmes ressorts, il veut pouvoir être amoureux de l’artiste, et pour cela, il faut que l’homme soit comme sa musique.

Dès lors, cette frustration qui éclate lors d’un concert ou n’importe où ailleurs ne doit plus étonner. Le public est une femme trompée. Elle veut un mari super baiseur mais quand elle se rend compte que super baiseur baise ailleurs elle voudrait lui couper la queue plutôt que de se dire que tout ça répond à une certaine logique. Les types voulaient un super gangster qui raconte super bien ses histoires de super gangster et veulent lui couper la queue quand ils se rendent compte que c’est juste un mec doué pour les formules et donc un peu moins pour les braquages.

Mais Booba a toujours joué de cette ambiguïté. Etrangement personne ne parlait d’homosexualité quand on le voyait torse nu dans des clips, transpirant en faisant de la musculation… Quand Kanye ose mettre des lapins sur une pochette, les attaques se font plus vite. Sûrement à cause d’un certain malaise, à l’époque, dans une partie de son public : je me rends bien compte que c’est gay friendly, mais j’aime ça et je ne veux pas qu’on dise que j’en suis. Donc je ne dis rien. Logique.

Pour aller toujours plus loin dans cette démarche, Booba a récemment fait son coming out : « pour être dans le 92i faut en avoir une grosse comme Makélélé ».
Quels enseignements tirer de cette phrase? D’abord que Booba a vu Makélélé nu, et que le spectacle lui a plu, au point d’en faire l’étalon d’admission de tout nouvel ami.
Ensuite, qu’avant d’entrer dans le 92i, il vaut mieux montrer bite noire que patte blanche. Imaginons la scène un instant :

Nous sommes dans la salle d’attente des bureaux très modernes du 92i. Le personnel dispose d’une machine à café Nespresso, les fauteuils sont dessinés par Starck, un écran plat fixé au mur joue les derniers clips U.S., les visiteurs peuvent lire l’un des cinquante exemplaires de the source à leur disposition. Monsieur Lulu attend depuis vingt minutes, il est arrivé en avance pour son rendez-vous, il est un peu anxieux.
La secrétaire l’appelle, Booba va le recevoir.
Il entre dans le bureau du Président du 92 i, au mur sont fièrement exhibés les disques d’or. On lui propose un café, il refuse.
-« Bien, on va faire ça vite, j’ai pas mal de rendez-vous ce matin, mettez vous à l’aise, enlevez votre pantalon ».
Pour ne pas le gêner la secrétaire est sortie du bureau. Il se lève, baisse la braguette et déboutonne son pantalon de costume, le futal tombe jusqu’à ses chevilles, il enlève son boxer et, pas fier, présente sa queue au Président. A ce moment précis il sait qu’il a vraiment l’air d’une pauvre merde, mais il faut en passer par là si tu veux intégrer le 92 i, c’est dit dans la chanson. Booba n’est pas plus perturbé que ça ; il attrape une plaquette d’une trentaine de centimètres sur laquelle est dessiné un sexe gradué, accompagné de la légende suivante : La bite de Makélélé.
Il chope la queue de Monsieur Lulu, il a les mains froides, Lulu est très tendu. Il la plaque sur son étalon, prend l’air un peu soucieux, et range son matériel, invitant Monsieur Lulu à faire de même.

L’autre n’en peut plus, il veut savoir :
-Alors, alors, c’est bon ?
Avec la froideur du chef qui sait qu’il a, entre les mains, l’avenir de son interlocuteur, Booba lui répond :
-On te rappellera ; garde la pêche.

Revenons à nos moutons et demandons nous : à quoi ça sert, pour un hétérosexuel, d’avoir des amis avec une grosse queue ? Je veux dire, en dehors de ceux qui n’arrivent pas à faire jouir leur femme et pour qui, un ami bien monté, peut dépanner.
A rien.
En revanche, pour un homosexuel, il est normal de se targuer d’avoir des amis bien équipés, ça présente une réelle utilité.

Après cette brillante démonstration, il n’y a plus à s’étonner de la pochette du futur album de Booba. On est dans la droite ligne de ce processus déclenché avec la libération des hormones d’un taulard qui ont pu se répandre allègrement dans les cerveaux d’hommes qui n’attendaient que ça, et qui préfèreront tuer leur idole plutôt que de se l’avouer.
Si l’on accepte de regarder objectivement les choses, il n’y a pas lieu de s’étonner que des types qui aiment tant à se revendiquer dans la merde joignent le geste à la parole.

Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra, ne comptez pas sur moi pour écrire ici que Booba et son public sont des homosexuels pas tellement refoulés. J’ai déjà assez d’ennuis comme ça mon bon Monsieur, et si j’en crois certains « some niggers fuck their ennemies in the ass when they catch them », je ne tiens pas à avoir de nouveaux ennemis. Qu’on se le dise.

Olivier CaTin

Memento Scribere.
N’oublie pas que tu vas écrire.
Encore faudrait-il que vous l’ayez déjà fait.
Les Bloggers veulent le succès mais ne veulent pas copier…

Wé, wé, vous la connaissiez avec un rabbin, avec les flics, etc… La formule est appropriée ici aussi. Levé du mauvais pied depuis un bon moment, je mâchouille mon billet depuis quelques mois déjà. Mon taux de haine explosant la norme depuis quelques semaines, c’était le moment où jamais de moi aussi faire mon monologue paranoïaque devant mon miroir à la Edward Norton dans La 25ème Heure de Spikee Lee.
Donc, pour résumer : 80% des gens qui vont lire la suite ne vont rien comprendre. Le reste va frémir tranquillement comme les casseroles dans la cuisine d’un dealer de C. Donc, je m’adresse à cette minorité d’empaffés qui :
- M’envoit des mails anonymes de menace (hahaha, j’ai internet depuis 2002, j’aurais du mettre tous vos trucs de côtés, mails, PM’s, posts et faire éditer ça à compte d’auteur, je suis certains que j’aurais pu gagner de la thune avec ce pot pourri)
- Me pompe comme si mon Bic crachait du pétrole
- N’aime pas que je remette en cause la “politique” (haha, l’hyperbole d’enculé, ça va tellement bien avec vous que j’ai choisi ce mot exprès, tiens) de leur blog de merde.

Ok donc. A tous les partisans des succursales de la FNAC et d’ITUNES qui ouvrent des blogs au kilomètres pour simplement foutre des albums en dL à la queue-leu-leu sans être foutu d’en parler (attitude facilement compréhensible d’ailleurs quand on regarde de + près l’âge de ces gens-là et le vide abyssale de leur culture en la matière, ou même générale), à tous les connards qui sont passés d’une bite à l’autre comme Vanessa Del Rio ou Laure Sainclair en ayant été des pseudos kiffeurs de son mid-90’s US élévés à coup d’oiseau bleu et qui se font une net-crédibilité en niquant souvent le marché des skeuds sur Ebay avec une inflation injustifiée et qui se sont travestis en spécialistes du rap français des années 90’s avec la même facilité qu’un(e) shemale au Bois de Boulogne, à toutes ces petites starlettes aussi dignes que les pouliches de Marc Dorcel, vous finirez comme une pin-up dégarnie sur le calendrier des camtards de routiers du web : jaunie, vieillie avec une bonne dizaine d’ADN différents sur le visage, sans avoir marqué la moindre mémoire ou postérité si ce n’est celle de votre slip actuel.

A vous toutes, les petites Katsumi et Clara Morgane des blogs qui faites vos emplettes sur le net en ne déboursant pas un centime, que ça soit pour un mec signé en major que vous croyez plein aux as parce qu’il a touché une avance et que son clip passe sur NRJ 12 ou pour les artistes indés que vous « kiffez tellement, oh mon Dieu, qu’ils sont forts » mais que vous ne soutenez pas concrètement (pas besoin, le distributeur dudit artiste s’occupe de les enculer à votre place), vous les Silvia Saint qui croyez ne pas alimenter un réseau parallèle qui engraisse ruskovs, roumains, polonais ou autres portugais du même tonneau (de vodka) venant de l’Europe de l’Est, détrompez-vous : alors certes, les gens de bonne foi et qui rippent leurs propres trésors font bien des heureux, en première et saine intention, mais la magie du réseau fait que n’importe qui récupère n’importe quoi pour en faire un gros billet vert s’il fait bien fonctionner sa tête et fait tourner celle de vous autres, starlettes du X downloadeuses. Emplettes rime avec levrette.

Levrette slave, préviens les autres

Toi aussi continue de financer la villa de Seeney et la discographie originale qu’il est en train de se constituer (haha, comment il se fout de votre gueule en postant les tofs des skeuds qu’il se fait importer grâce à vous, bande de cons) en niquant les artistes que tu dis adorer en n’achetant tout simplement pas leurs projets. Alimentez les boards de Warez qui font autant de thunes avec les MP3 de rap français ou autres qu’avec des div-x pornos. Allez-y, pissez donc où vous dormez, vous chiez déjà à l’endroit où vous mangez.
Mais rappelez-vous, pseudo concurrence de merde : n’imitez pas, contentez vous de poster vos liens qui seront copiés / collés des milliers de fois et génèreront une thune que vous ne soupçonnez même pas. Celui qui se prend Alban Ceray, Roberto Malone ou Christopher Clark dans le boul’ n’est pas toujours celle qui est devant la caméra mais plutôt celui armé de son tic favori : le « click droit enregistrer sous ».

Allez vous faire enculer, continuez à m’envoyer des mails, je peux même me déplacer avec numéros de phone et adresses le cas échéant.

Allez vous faire enculer avec un harpon et du gravier, ma prochaine sortie n’en sera que meilleure. Les règles, c’est quand ? Putain, y’en a aucune, mais je me pose la même question avec mon Lunatisme. La Lune, c’est tous les combien ?

Les vampires de blogueurs veulent sucer mais ne veulent pas être Karen Lancaume.
Pour finir, à vous tous, empaffés si courageux avec vos commentaires et mails de mes couilles, je vous dédie le 1er couplet d’un morceau que la plupart d’entre vous, bande de merdes, ne connaît que grâce à « 8 Mile » (‘Oué, tsé, le dernier instru où Eminem gagne à la fin, tsé le truc là’).


Ceux qui vont écrire vous saluent, avec le majeur tendu.
Bien cordialement dans votre rectum, avec toute ma Haine
SOMNO

P.S : si ça, c’est pas une leçon d’articles sur-mesure pour placer un max de mots-clés stratégiques… Hahahaha

Suite donc de la découverte de certaines coulisses, à l’heure où les fanzines papiers sont moins présents que jamais (Unité surnage, Gasface porte le flambeau désormais en kiosque et en couleur), voici une interview donnée par Sear (Get Busy) à un fanzine bordelais, Represent (justement sous-titré « Le fanzine qui sort jamais »). Quelques propos instructifs qui, même s’ils datent (n°3, juillet 1997), s’appliquent toujours à certains, que ce soit chez vos libraires ou dans vos favoris internet sous une autre forme. Heure bénie où les Yours, Get Busy, Racines, Da Niouz, Hors-Limite, Down With This / Rapport De Force, Da Funky Kam, The Truth, Watcha, et autres Matsa, même si pas totalement exempts de défauts pour certains, constituaient une solide et crédible alternative locale (avec des réseaux de distrib’ via les shops) à l’hégémonie de la presse publi-rédactionnelle molle du genou et figée dans le consensus. Quelques tentatives récentes ont fait long feu (OMAX6MUM, Fumigènes, Sans Concession), sans oublier les 1ers Syndicat / Real, et White Label, pourtant distribués en kiosque mais en décalage avec le ton pusillanime des habitués des rayons RAP de vos Relais H. Ceux qui savent n’apprendront rien, les autres les remercieront de ne jamais leur en avoir parlé. Vous ne comprenez pas ? Relisez l’intro après avoir lu l’interview.


Membre fondateur et leader de la ligne de conduite du premier Fanzine Hip Hop Français, Get Busy, avec son éthique sans compromission (Interdit Aux Bâtards), Sear fait partie de ceux qui ne baissent leur froc et ne cautionnent pas l’imposture, valeur faisant de plus en plus défaut dans notre mouvement. Nous avons considéré normal de donner la parole à celui qui représente la vraie presse écrite Hip Hop, loin des tapettes de L’Affiche, de Radie Calle, etc… Ici, il est bon de parler de la vérité.

REPRESENT : D’abord ton point de vue sur la presse actuelle par rapport au Hip Hop ?

SEAR : On peut dire que la presse hip hop en 96 a vraiment évolué par rapport à ce qu’elle était en 90 où concrètement, il n’y avait rien. Hormis la Zulu Letter qui n’était pas vraiment un fanzine visant tout le monde mais plutôt un média interne pour les gens de la Zulu Nation et fait par Candy. C’était pas un journal musical avec des critiques et des chroniques, c’était un journal de contact, un organe interne en fait. Après, y’a eu Get Busy, puis d’autres fanzines ont suivi. Nous, on a fait Get Busy à cause d’une période de grosse connerie autour du rap (89/90). Avec des articles de France Soir, La 5 et Guillaume Durand qui faisaient un compte-rendu toutes les 5 minutes du concert de Public Enemy au Zénith comme si c’était la guerre du Koweït ! France Soir qui avait fait la carte des bandes à Paris où ils mettaient NTM et Les Little MC’s. Comme bande, on faisait pas mieux : Les Little étaient deux ! Voilà, que des conneries comme ça. Puis à côté de ça, la presse rock (Rock & Folk, Best) commençait à se réveiller sur le rap alors qu’ils avaient toujours craché dessus. Le coté rebelle du rock s’était déjà effacé depuis quelques temps, alors Public Enemy, c’était les nouveaux Rolling Stone, LL Cool J avait été appelé le Elvis du rap et pouis NTM, eux, ils étaient comparés aux Béruriers Noirs !! Ils se trouvaient des nouveaux frissons avec le rap alors qu’ils avaient TOUJOURS craché dessus. Nous, ça nous a saoulé et puis dans Rock & Folk, il y avait un journaliste qui s’appelait Filox et qui s’amusait à déchirer les rappeurs français. Il avait fait une chronique de Saliha où il méprisait vraiment tout le rap français. C’est toutes ces circonstances qui nous ont poussé à faire le truc. On a pensé que c’était nous, les gens du Hip Hop, qui étions les mieux placés pour en parler. Pour nous, c’était logique. On a commencé avec les moyens du bord : photocopies et tout le merdier. Puis, on a progressé, progressé et comme on est tombé dans une periode de mediatisation du rap français, on s’est retrouvés dans des émissions télé qui ont fait la réputation de Get Busy et du ton si spécial que nous avons. Voilà, je pense que ça a poussé du monde à faire des fanzines : on a prouvé que c’était possible e qu’on pouvait amener le truc assez loin. Après, y’a eu Yours, Down With This, Da Niouz, des fanzines de graff. Puis en province : Racines à Nice, Da Funky kam à Strasbourg, vous à Bordeaux. Après, vu l’ampleur qu’a pris le rap en France, des magazines se sont créés. Y’avait déjà L’Affiche qui d’abord était gratuit et distribué à la Fnac, puis en kiosque, et qui, comme tout magazine en kiosque, marche au publi-rédactionnel.
Le contenu est payé par les maisons de disques, donc y’a pas d’esprit critique, ni de réelle indépendance. Et après, t’as d’autres journaux comme actuellement R.E.R et Radikal, qui dans le cas de R.E.R, ne sont pas faits par des gens du Hip Hop. Et puis c’est fait par des gens du journal Rage et le rédacteur chef est Jean-Eric Perrin, qui fait quasiment toutes les grosses interviews, qui était le rédacteur chef de Best et qui écrit dans des journaux comme Max. Il y fait des top 10 rock dans lesquels il met ses groupes préférés, Oasis et compagnie. Voilà, et il roule en Harley Davidson pour dire qu’il est loin de notre monde. Pour Radikal, c’est fait par des gens qui se disent Hip Hop mais pas le même Hip Hop que moi. C’est plutôt le petit hip hop, petit bourgeois avec plein d’appuis et qui traîne aux Bains Douches. C’est fait par des mecs pour qui, de toute façon, le rap n’est pas vital. Ils peuvent faire autre chose, les fins de mois ne sont pas difficiles chez eux…
On voit que les choses ont évolué mais il n’y a toujours pas de magazine à grande diffusion fait par des gens du Hip Hop. On est toujours dépendants des autres.

REPRESENT : Ne penses-tu pas que la place occupée par R.E.R ou Radikal est la place logique que devrait occuper Get Busy, de par son authenticité et son passé ?

SEAR : Oui, en effet, ça devrait l’être, mais maintenant, il faut expliquer aux gens comment tu fais pour aller en kiosque. C’est pas comme quand tu fais ton fanzine et que t’es indépendant. Même si vous-même vous savez que c’est des galères, quand tu vas en kiosque, t’es obligé de passer par une boîte de distribution appelée les NMPP ou les MLP. C’est eux qui s’occupent de prendre ton truc à l’imprimerie et il faut un tirage minimum de 20 000 ou 30 000 exemplaires. Moi, j’ai déjà demandé des devis et un truc comme Radikal, rien qu’en frais d’imprimerie, c’est à peu près 30 briques, 300 000 francs !! (> un peu plus de 45 000 €) donc, quand ils se la jouent petits B.Boy’s qui ont cassé leur tirelire, soit ils avaient une grosse tirelire, soit.. Ensuite, tu passes par les NMPP qui te distribuent en kiosques mais qui te taxent sur tes ventes et sur tes invendus. Si, par exemple, tu tires à 40 000 en sachant que tu vas vendre à 15 000 exemplaires, t’en as 25 000 qui vont à la poubelle. T’es obligé, c’est pour qu’il y ait de la mise en place. Le pourcentage qu’ils te prennent entre tes ventes et tes invendus représente 60% de ton prix de vente. Donc sur un Get Busy qui coûterait 20 francs (> un peu plus de 3€), les NMPP prendraient 12 francs (>1,83€), là-dessus, il te reste 8 francs (> 1,22€) avec lesquels tu dois payer 300 000 francs d’imprimerie. Voilà donc comment tu vis, c’est grâce aux pubs. Tes ventes ne te suffisent pas… Donc, tu vis des pubs, donc t’es dans une situation où t’es dépendant et la plupart des journaux se font maquer par les maisons de disques. C’est pour ça que L’Affiche fait du publi-redactionnel, c’est pour ça que Radikal, malgré le fait qu’ils s’en défendent, ils en font. Je l’ai vu dans leur tarif publicitaire, c’est proposé. Et ça, je leur ai mis dans la gueule, ils ne savaient pas quoi dire… Donc, d’un côté, vous avez Get Busy qui, avec son ton, sa conception du Hip Hop et tout ce que ça représente au niveau de l’éthique, ne peut pas être vendu en kiosque actuellement, c’est pas possible. Get Busy ne fera jamais ce genre de concessions. Sinon, Get Busy ne serait plus Get Busy ! Moi, j’ai pas envie d’aller en kiosque pour devenir L’Affiche, ça m’intéresse pas et ça intéresserait qui ? Personne. C’est qu’une question de temps. Ce que j’espère, c’est mettre assez d’argent de côté et y arriver par moi-même et tous les enculer. De toute façon, tu peux pas tromper les gens éternellement. Radikal et L’Affiche n’ont pas endormi tout le monde, s’ils vendent bien en province, c’est uniquement parce qu’il n’y a rien d’autre. Y’a pas assez de presse underground. Maintenant, nous, on sait que Radikal ou L’Affiche, tu les lis en 5 minutes. Le décalage entre Paris et province n’existe plus vraiment, les provinciaux sont à la page. Les nouveautés qui arrivent sur Paris, ils les ont aussi. Donc, tu peux pas bluffer éternellement, et un truc comme Radikal marchera tant qu’il n’y aura rien d’autre à lire. Et encore, je suis même pas sûr que ça marche.

A noter un parfait prolongement sur la compilation Kool & Radikal où figure sur la partie CD-Rom un débat filmé sur la presse rap entre divers intervenants dont Sear et Perrin. Let’s beef.

Une petite contribution extérieure, exception qui confirme les règles
et du coup la ménopause, une interlude mais pas forcément plus agréable que mes écrits : une plume trempée dans l’eau de javel, tout le monde en prend pour son grade, une pensée pour Paulette qui officiait à la cantine de ma primaire. C’est la Minute Soup.

«Entré dans l’rap j’pensais pouvoir y trouver la paix, un apport, la sécurité la sincérité», et non mon vieux Fabe, faut croire que tu n’avais pas tapé à la bonne porte. Mon jeune ami, tu penses avoir une plume correcte, tu connais la discographie complète de Kool Keith et tu as du mal à voir quelle pourrait être ta contribution à cette grande famille qu’est le Hip hop. Au fond de toi tu rêves secrètement de devenir journaliste. Permets moi de te donner deux trois recommandations histoire de te confirmer tout le bien que tu penses de ce beau métier.

La première des choses à avoir en tête est l’échelle sociale du hip hop, si tu l’ignores tu vas aller de déconvenues en déconvenues: aujourd’hui tu es sûrement à la plus mauvaise place, l’échelon zéro, celui du mec qui poste sur les forums : méprisé par les artistes qui voient en toi une mouche à merde, et par les journalistes qui perçoivent ton talent comme un concurrent potentiel. Car eux occupent l’échelon supérieur, l’échelon un.

A peine au dessus se trouvent ceux qui sont le plus à plaindre, ce sont les beatmakers inconnus: corvéables à souhait, on ne les appellera que quand le rappeur aura besoin d’un morceau en dernière minute, on lui expliquera aussi qu’il devrait changer ses caisses claires, que sa boucle aurait du être découpée autrement, on ne le paiera évidemment pas, et bien entendu son morceau ne sera pas sur le projet final.

Puis viennent les bonnes places : le rappeur tout d’abord, dont nous aurons l’occasion de reparler, associé au producteur. Souvent le producteur est un journaliste qui a réussi, il a tissé des réseaux d’influence en faisant des papiers de complaisance à une époque, et le milieu le lui rend bien en l’invitant à la meilleure table.

Enfin ceux qui gouvernent vraiment : les maisons de disques et les radios/chaînes de télévision: ils sont décriés par les rappeurs qui tueraient père et mère pour avoir leurs faveurs. Une fois que tu as cet organigramme bien en tête on peut s’atteler à expliquer ce qu’est un journaliste musical.

Tu as des étoiles plein la tête, tu penses que ta place te permettra d’aider le hip hop, vu que tu as échoué dans cette mission en tant que rappeur, tu crois que ta tâche sera de faire de la haute couture; oublie. Non, vois tu, ce qu’on te demande c’est de faire du sur mesure, avec des mauvais tissus pour des mannequins bedonnant. Tu voyais tes interviews comme des entretiens où l’échange est vif, où chaque réponse entraîne une question, où le propos de l’artiste est limpide. Désolé. Prépare toi à taper tes questions sur ton ordinateur, et à les envoyer par mail au rappeur, qui , entre deux clopes, répondra ce qu’il voudra, sans être perturbé par tes interventions, prenant soin de se relire pour voir sil n’a rien dit de trop compromettant. Eh oui mon ami, tu te moquais des dames de la cantine étant petit, mais maintenant c’est toi qui sers la soupe, et ce n’est pas de la bisque de homard mais du bouillon Magie. Comprends bien une chose: tu es au service de l’artiste, mais ce n’est pas pour autant qu’il t’estime. Il t’aime comme le dealer aime son client, il sait que sans les gens comme toi il n’est plus grand chose, mais il a entre les mains de quoi te faire revenir régulièrement vers lui, la fameuse «dose de crack music» évoquée par le Roi Heenock. Ne pleure pas trop sur ton sort, on t’a invité à entrer dans le casino, tous ces gens dehors t’envient. En outre, le barman t’offre de temps en temps à boire. Mais attention, tu ne fais pas partie de l’équipe, et la machine à sous qui t’est dévolue est la préférée du patron: tu vas y passer un long moment, de temps en temps une pièce tombe mais à la fin de la soirée tu y auras laissé ton salaire, sans compter que pour en arriver là, tu t’es privé de voir ta femme et tes enfants.

Autre chose: n’estime pas trop tes lecteurs. Le plus souvent ils savent à peine lire et n’écrivent qu’en sms, évite d’avoir de l’ambition pour eux, ne crois pas au mythe du papier bien écrit et à toutes ces conneries d’un autre siècle. Fut un temps où Boris Vian était chroniqueur musical, aujourd’hui on confie cette tâche à Soprano, adapte-toi, fais comme les rappeurs, utilise des mots que tu ne dis pas devant tes parents, des formules dont personne ne saisit le sens, comme «toi même tu sais», «t’as vu» ou «ce çomor tue sa race». Ce conseil est d’autant plus précieux que si tu ne le fais pas, tu passeras pour un homosexuel, et si c’est un titre de noblesse à la mairie de Paris, dans le rap game ça reste une tare.

En fait, tes problèmes ne viendront pas des rappeurs racailleux, qui très souvent sont bien plus ouverts et intelligents que leurs textes pourraient le laisser croire. Les choses se gâtent quand tu veux parler de ceux qui donnent l’impression d’être au dessus du lot. A ce sujet, j’ai une théorie que je te laisse apprécier. Ces mc’s ne sont pas foncièrement mauvais, mais, à la manière de certains joueurs de foot, ils sont victimes de leur entourage. A l’école, alors que tous ses copains n’arrivaient pas à orthographier leurs noms de famille, le rappeur a décroché son brevet des collèges, devenant «l’intello» de la bande. Depuis il se prend pour un homme de lettres (alors qu’il en est plutôt un du lavoir), il se passionne pour l’histoire des opprimés (n’essaie pas de lui dire que son idole Gandhi a fait une grève de la faim pour que les intouchables ne participent pas aux négociations, il ne te croira pas vu que personne n’en parle dans le film) et il finit par penser que chacun de ses mots a un poids considérable sur l’industrie du disque. Avec ce genre de gus, la prudence est de rigueur: la moindre interview va donner lieu à de longues discussions («non, là ce mot c’est pas exactement le mien») alors privilégie les articles, flatteurs bien entendu. Il va falloir que tu te blindes, que tu sois prêt à t’entendre dire que tu n’es pas «pro», sans sourciller, et que tu arrives à maîtriser l’envie que tu as de rétorquer «vu la voix que tu as, tu préfèrerais pas devenir beatmaker?».

N’oublie pas que les critiques ne peuvent que t’être adressées. A partir du moment où l’artiste a passé un an à préparer son album, et où tous ses potes lui ont dit qu’il était le nouveau Nas, c’est pas un petit merdeux dans ton genre qui va commencer à dire que peut être certaines choses sont à revoir. En fait, tu n’as d’intérêt que tant que tu es gentil et serviable. A ce propos il faudra que tu te choisisses un souffre douleur, un petit, un sur qui tout le monde tape, prends M. Pokora ou Doc gynéco. Après avoir tapiné pour tous les ratés qui te sollicitent tu te referas une virginité en tapant sur ce pauvre Matt dans un papier qui montrera que personne n’aura «ta liberté de penser».

Tu verras aussi que les salles de rédaction fourmillent de spécimens bizarroïdes, des producteurs qui ont gardé un pied dans le journalisme et qui s’en servent uniquement lorsqu’ils ont besoin de promouvoir une sortie à eux. Méfie toi car malgré les apparences, ils ne te considèrent pas comme un des leurs, tu n’es qu’un éventuel pion et le journal n’est pas une famille mais un lieu où ils viennent chercher des renseignements et des appuis. A la longue tu deviendras un peu comme eux, tu finiras par croire, par vanité, que ces gens qui te sourient sont tes potes, que tu te dois de leur faire profiter de ta place en parlant d’eux, tu verras les cd qu’ils t’envoient comme une dette dont tu voudras t’acquitter en écrivant quelque chose de lisse pour qu’ils soient contents. Au fond ce n’est plus ton coeur qui parle mais la pitié que tu as pour ces types qui la plupart du temps n’ont rien d’autre dans la vie que le rap. C’est grâce à lui qu’ils ont perdu leur pucelage et si tu leur retires ça, tu leur enlèves leur statut de célébrité locale, autrement dit leur seule chance d’avoir un jour des enfants. Voilà comment marchent les choses, à toi de te faire ta place. J’espère que mes conseils te seront utiles et t’éviteront de perdre trop de temps, même si je sais qu’une fois que tu auras intégré la grande famille du hip hop tu m’accuseras d’avoir craché dans la soupe. Si tu as bien lu mes conseils, tu sais que la soupe est imbuvable et qu’un glaviot passera facilement pour un oeil dans le bouillon.

Damien Ribeiro.

chimeresdefamille@gmail.com
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