
Contribution à l’étude des rapports (le mot parle de lui-même) entre un artiste et son public.
Avant toute chose il faut se remémorer ce fameux concert où Booba a dû casser une bouteille de whisky sur une partie de son public. Globalement c’est l’info qui a été retenue, alors que l’événement était ailleurs. Il était précisément dans les sifflés de ce public. Qu’est-ce qui pousse un mec à payer une place de concert à ce prix là pour aller siffler un chanteur ? Poser cette question c’est déjà faire fausse route, c’est se placer sur le terrain du rationnel alors qu’on évoque une passion. Rappelons que les crimes passionnels sont moins sévèrement punis par la justice. L’objet de la présente étude n’est donc pas uniquement de dénoncer les actes commis sous l’emprise de ce feu brûlant, mais aussi d’y trouver certaines circonstances atténuantes.
Booba a entretenu la flamme de la passion avec son public en jouant savamment sur ses fantasmes et en les alimentant. L’acte fondateur c’est la sortie de prison du rappeur. A partir de là il s’assure une légitimité. Il va donc se trouver une partie de son public pour faire une confusion entre Booba, l’artiste, et Elie, l’homme. Personne ne demande à Christopher Reeves de s’envoler dans les airs (le pauvre a déjà du mal à chier tout seul), tout le monde sait qu’Hervé Vilard n’a jamais embrassé de fille à Capri (ni ailleurs) ; il y a pourtant des types qui voudraient qu’Elie soit ce chauve avec un gun, parce qu’il l’a dit dans ses textes.
Le public pousse l’amour de son idole jusqu’à exiger qu’elle accomplisse ce qu’elle raconte dans ses chansons. Rappelons-le : il s’agit de chansons.
Mais railler ces pauvres gens pour leur candeur c’est oublier que Booba a alimenté ces sentiments : il a joué sur la corde sensible d’un certain public qui aime se toucher en rêvant sur le degré de racaillerie d’un mec. Quand ce public se rend compte que le mec en question n’a rien de racailleux, il a honte de s’être touché le sexe en pensant à un homme dur, et plutôt que de se dire qu’il s’est fait baiser (ce qui ne devrait pas être pour lui déplaire, normalement), il préfère casser sa poupée. Logiquement, les mecs auraient dû se demander pourquoi il était si important pour eux qu’un artiste ait vécu ce qu’il chante, dès lors que ce qu’il chante leur plaît. Mais entrer dans ce genre de considérations, c’est déjà s’avouer, à demis-mots, l’inavouable : je veux qu’il soit comme il chante car pour apprécier (un artiste) j’ai besoin d’aimer (un homme). C’est un comportement, paraît-il, plutôt féminin : avoir besoin d’aimer pour pouvoir faire l’amour. Etrangement le public rap fonctionne sur les mêmes ressorts, il veut pouvoir être amoureux de l’artiste, et pour cela, il faut que l’homme soit comme sa musique.
Dès lors, cette frustration qui éclate lors d’un concert ou n’importe où ailleurs ne doit plus étonner. Le public est une femme trompée. Elle veut un mari super baiseur mais quand elle se rend compte que super baiseur baise ailleurs elle voudrait lui couper la queue plutôt que de se dire que tout ça répond à une certaine logique. Les types voulaient un super gangster qui raconte super bien ses histoires de super gangster et veulent lui couper la queue quand ils se rendent compte que c’est juste un mec doué pour les formules et donc un peu moins pour les braquages.
Mais Booba a toujours joué de cette ambiguïté. Etrangement personne ne parlait d’homosexualité quand on le voyait torse nu dans des clips, transpirant en faisant de la musculation… Quand Kanye ose mettre des lapins sur une pochette, les attaques se font plus vite. Sûrement à cause d’un certain malaise, à l’époque, dans une partie de son public : je me rends bien compte que c’est gay friendly, mais j’aime ça et je ne veux pas qu’on dise que j’en suis. Donc je ne dis rien. Logique.
Pour aller toujours plus loin dans cette démarche, Booba a récemment fait son coming out : « pour être dans le 92i faut en avoir une grosse comme Makélélé ».
Quels enseignements tirer de cette phrase? D’abord que Booba a vu Makélélé nu, et que le spectacle lui a plu, au point d’en faire l’étalon d’admission de tout nouvel ami.
Ensuite, qu’avant d’entrer dans le 92i, il vaut mieux montrer bite noire que patte blanche. Imaginons la scène un instant :
Nous sommes dans la salle d’attente des bureaux très modernes du 92i. Le personnel dispose d’une machine à café Nespresso, les fauteuils sont dessinés par Starck, un écran plat fixé au mur joue les derniers clips U.S., les visiteurs peuvent lire l’un des cinquante exemplaires de the source à leur disposition. Monsieur Lulu attend depuis vingt minutes, il est arrivé en avance pour son rendez-vous, il est un peu anxieux.
La secrétaire l’appelle, Booba va le recevoir.
Il entre dans le bureau du Président du 92 i, au mur sont fièrement exhibés les disques d’or. On lui propose un café, il refuse.
-« Bien, on va faire ça vite, j’ai pas mal de rendez-vous ce matin, mettez vous à l’aise, enlevez votre pantalon ».
Pour ne pas le gêner la secrétaire est sortie du bureau. Il se lève, baisse la braguette et déboutonne son pantalon de costume, le futal tombe jusqu’à ses chevilles, il enlève son boxer et, pas fier, présente sa queue au Président. A ce moment précis il sait qu’il a vraiment l’air d’une pauvre merde, mais il faut en passer par là si tu veux intégrer le 92 i, c’est dit dans la chanson. Booba n’est pas plus perturbé que ça ; il attrape une plaquette d’une trentaine de centimètres sur laquelle est dessiné un sexe gradué, accompagné de la légende suivante : La bite de Makélélé.
Il chope la queue de Monsieur Lulu, il a les mains froides, Lulu est très tendu. Il la plaque sur son étalon, prend l’air un peu soucieux, et range son matériel, invitant Monsieur Lulu à faire de même.
L’autre n’en peut plus, il veut savoir :
-Alors, alors, c’est bon ?
Avec la froideur du chef qui sait qu’il a, entre les mains, l’avenir de son interlocuteur, Booba lui répond :
-On te rappellera ; garde la pêche.
Revenons à nos moutons et demandons nous : à quoi ça sert, pour un hétérosexuel, d’avoir des amis avec une grosse queue ? Je veux dire, en dehors de ceux qui n’arrivent pas à faire jouir leur femme et pour qui, un ami bien monté, peut dépanner.
A rien.
En revanche, pour un homosexuel, il est normal de se targuer d’avoir des amis bien équipés, ça présente une réelle utilité.
Après cette brillante démonstration, il n’y a plus à s’étonner de la pochette du futur album de Booba. On est dans la droite ligne de ce processus déclenché avec la libération des hormones d’un taulard qui ont pu se répandre allègrement dans les cerveaux d’hommes qui n’attendaient que ça, et qui préfèreront tuer leur idole plutôt que de se l’avouer.
Si l’on accepte de regarder objectivement les choses, il n’y a pas lieu de s’étonner que des types qui aiment tant à se revendiquer dans la merde joignent le geste à la parole.
Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra, ne comptez pas sur moi pour écrire ici que Booba et son public sont des homosexuels pas tellement refoulés. J’ai déjà assez d’ennuis comme ça mon bon Monsieur, et si j’en crois certains « some niggers fuck their ennemies in the ass when they catch them », je ne tiens pas à avoir de nouveaux ennemis. Qu’on se le dise.
Olivier CaTin
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