Ayant oublié de le mentionner dans le papier d’origine, les playlists festives initiées ici sont ouvertes à contribution.

La parole au Señor Kamï Longa pour ce vol. 9 dont la contribution écrite se résumera à : “Confusion will be my epitaph” (King Crimson) et “I’m not living, i’m just killin’ time” (Radiohead).

http://www.megaupload.com/?d=BP3B6KLM

Pourquoi vol. 9 ? Ah bah, demandez-le lui.

  1. Eric Demarsan - Thème de Gerbier
  2. William Sheller - Introït
  3. Genesis - Firth of fifth
  4. Radiohead - How to disappear completely
  5. Léo Ferré - Comme à Ostende
  6. Jacques Brel - Amsterdam
  7. Astor Piazzolla - Concierto para quinteto
  8. Cuarteto Cedron - Los Adioses
  9. Ornette Coleman - Rock The Clock
  10. Duke Ellington - Fleurette africaine (African flower)
  11. Outkast - Liberation
  12. Donny Hathaway - A Song for You
  13. Minnie Riperton - Rainy Day in Centerville
  14. Billie Holiday - Strange Fruit
  15. The Beatles - Strawberry Fields Forever
  16. King Crimson - Epitaph
  17. Pink floyd - Echoes
  18. Ludwig Van Beethoven - Sonate ''Clair de lune''

Wé, donc, lever du mauvais pied, règles douloureuses, mauvaise gestion de la ménopause ou barbituriques pas efficaces, j’en sais rien mais vous méritiez bien un cadeau.

Flou pour ceux pas concernés, bloggers/rédacteurs/pigistes de merde, je sais que vous, vous avez compris.

http://cgi.ebay.fr/japprends-a-ecrire-crayon-effacable-ideal-cp-tb-etat_W0QQitemZ310173652792QQcmdZViewItemQQptZFR_YO_Jeux_Jeux_JeuxEducatifs?hash=item4837ca5738

J’espère qu’avec ça, vous progresserez sans pour autant vous asseoir sur moi, bande de coquins.

Goin through the emotions, of gun holdin
Long shotguns down my pants leg limpin
Killer bee who still livin, even my pops too
He taught me how to shoot when I was seven
I used to bust shots crazy
I couldn’t even look because the loud sound used to scare me
I love my pops for that…

(Prodigy – Quiet Storm)

T’es un grand, on est des p’tits, nous on s’en bats les steacks
Mais on respectait quand même, j’vais pas t’mentir,
On s’disait « Tu nous hagar, c’est pas grave, on va grandir »…

(Salif – Warriors)


Gun power by sha2001

En vérité, tu aurais du finir le travail. Aller au bout d’une de tes traditionnelles raclées et me laisser pour mort, une bonne fois pour toute. On n’en serait pas là aujourd’hui à régler des comptes chacun de notre côté, nous, comptables damnés essayant de résoudre des équations à inconnues toujours plus nombreuses pour régler une addition sur mesure pour le larfeuil du FMI.

Je me souviens de la fois où je t’ai entendu raconter cette histoire où tu t’étais fait battre plus que sévèrement par un groupe de mecs nettement plus âgés que toi. Et de ce que tu avais réussi à dire, si ce n’est à eux, dans ta tête, alors que les rouages y fonctionnaient encore avec un instinct de survie hors-catégorie : “Un jour, dans 15 ans, j’aurai l’âge et la force que vous avez aujourd’hui. L’heure aura aussi tourné pour vous, il vous faudra rendre des comptes.”

La vengeance est un plat qui encombre les étaux de chez Picard à toutes les sauces. L’heure vint, le sang aussi. Celui qui était à l’époque frêle ne l’était désormais plus. Le sang appelle le sang, rare de tomber sur une boîte vocale. L’important est la chute, France Telecom en connaît un rayon, j’aimerai assez connaître celle de ma vie pour couper court au moment où je l’aurai décidé si d’aventure je faisais trop de victimes collatérales innocentes.

Ce récit conditionna ma propension à la rancune tenace, voire obsessionnelle. Elle engendra également un embryon de paranoia que je nourrissais comme un rituel : sur le chemin de l’école, pendant que Pierre, Paul et Jacques causaient algèbre et jeux de langues, je peaufinais un discours que j’entendais déclamer le jour où viendrait mon tour de me faire passer à tabac. J’étais ainsi persuadé de devoir tomber la veste ou autres effets personnels par plus grands et plus forts que moi au beau milieu de cette cour des miracles qui s’étendait depuis l’entrée de l’école jusqu’à la porte de mon bunker familial. Devoir passer par le racket, l’humiliation, les coups, le sang. Mon discours s’affinait d’allers retours en allers retours avec une solennité équivalente à un transfert de cendres au Panthéon. Elle calquait ni plus ni moins que la tirade paternelle.

Une fois le monologue maîtrisé, ne restait plus qu’à baliser un terrain dont la topologie révélait des sables mouvants pour le moins affamés. Je me souviens comme hier de la première vision du feu, de l’attraction qu’il exerçait sur moi alors que je n’avais même jamais joué au cowboy comme n’importe quel autre petit enfant de mon âge auparavant. Poli, froid comme mon père. Muet et décidé à se faire respecter, comme mon père. Arme de destruction massive dont la simple présence désamorçait une situation avec le risque omniprésent que le démineur finisse personnage principal du Fugitif aux côtés d’Harrison Ford, mais sans prothèse aucune. En route vers la carrière, j’avais hésité à stopper le film, comme si j’avais le Director’s Cut. La peur, le goût du sang dans la bouche, arôme métallique qui annonçait déjà l’outillage dont il fallait que j’empoigne le cartilage chassis/crosse. Avec les années, j’entrevois le lac artificiel qui embrassait en partie ce terrain de chasse de fortune comme un pendant aux cercles de l’Enfer de Clamence à Amsterdam.

Le golf n’aurait plus eu de secret pour moi si j’avais eu un club ce jour-là. Mon instructeur était placé derrière moi, enserrait mes mains qui elles-même étaient refermées sur le Calibre .45ACP. J’avais peur, tirais, puis souhaitais courir et m’enfuir sans plus me retourner, sans jamais m’arrêter, loin de tout et de tous. Mais je continuais, jusqu’à être familiarisé, même si je tremblais de tout mon corps durant de très longues minutes où je détestais la terre entière de ne pas avoir voulu me tirer de là. Larmes de guerre. Les détonations se plaçaient comme des clés de Sol naturelles sur la portée de ma tirade. J’étais fin prêt pour être aux premières loges d’un cours de musique qui rimerait avec peur, dissuasion, pouvoir et mort, le métronome ne pouvant s’arrêter que lorsque mon pacemaker naturel l’aurait décidé… Un jour moi aussi, je serai grand, et vous le serez beaucoup moins.

Le dicton le dit, les meilleurs partent en premier. Pas d’inquiétudes pour moi donc, mais un certain nombre d’entre vous (pas beaucoup non plus, rêvez pas) devrait se préparer à l’inexorable qui peut frapper assez rapidement à votre porte sans que vous ayez pour autant partagé votre digicode avec la terre entière et la Camarde, donc.

Ashes to ashes

Enterrement classique ou crémation, la seconde option devrait être la mienne. A moi donc le plaisir de compter les quelques proches qui auront daigné se déplacer pour me dire au revoir une dernière fois. Oh, il ne devrait pas y avoir foule, mais le club très fermé des gens qui ont compté, comptent et compteront suffira largement. Menus hallal et casher seront bien évidemment de la partie, j’ai pensé à tout. Figolu et hamburgers made in Quick seront réservés aux nerds les plus intimes.

Autant donc choisir la bande-son qui accompagnera mes hôtes durant mon ultime burn out , quelques morceaux à fendre les pierres afin de justifier pleurs et sanglots, toujours plus simples à évacuer que sur un “Allumer le feu”, “Born to be alive” ou “Y.M.C.A”, même si…

Si vous n’aviez pas songé à une telle éventualité, un habile copié/collé du tracklist figurant dans le fichier .rar vers votre testament devrait faire l’affaire.

http://sharebee.com/a7458145

  1. Fierce – Crab
  2. Lhasa – De cara a la pared
  3. Stan Getz – Manha de carnaval
  4. Bob Marley – Burnin & lootin
  5. Billie Holiday – Strange fruit
  6. Cesaria Evora – Saudade
  7. Noir Desir – A l’envers à l’endroit
  8. Good Bye Lenin (OST) – Summer 78
  9. Marvin Gaye – Inner city Blues
  10. Gary Jules – Mad World
  11. Goran Bregovic – Ederlezi
  12. Souad Massi – Raoui
  13. AaRON – Tunnel d’or
  14. Mobb Deep – True Lies
  15. Maria Callas – Ave Maria (Othello de Verdi)
  16. Iraka – Le gris
  17. Johnny Cash – Hurt
  18. Charles Aznavour – Qui ?
  19. Radiohead – Exit Music

Ce soir, je pense à demain. Je vis sans plus me retourner, préoccupé par le néon éclairant le bout du tunnel, délaissant les rétroviseurs, la nostalgie en guise de chirurgie réparatrice pour des cicatrices qui ne bronzent pas au soleil.

VULTURES AND TREES ~goodlittlesquid

VULTURES AND TREES ~goodlittlesquid

Étrange comme la tentation de réhabiliter le passé, de le remaquiller avec toute une gamme de fards pour le rendre présentable à la manière du légiste. Recolorer des souvenirs morts, qui auraient du être enterrés depuis bien longtemps, mais que l’on ne fait ressurgir que pour mieux supporter l’horreur du présent, les vertiges de l’avenir. L’enfance, soit sans doute la pire période d’une vie où nos congénères du même âge sont cruels et sans pitié aucune, où l’on comprend un jour que nos parents sont mortels et qu’une partie de notre vie se résume à attendre le jour où ils nous quitteront irrémédiablement.

La découverte du mensonge, des humiliations, du pouvoir du sexe dit faible… Période où le paraître définit l’être dans cette impitoyable cours des miracles qu’est l’enfance. Regarder mon enfance avec honnêteté, en fournissant un effort intellectuel teinté d’objectivité pénible mais nécessaire, révèle une certaine misère impossible à rendre glamour simplement grâce à des souvenirs qui pourraient me sortir la tête de l’eau. Mon âme d’enfant, de Peter Pan, a rapidement compris qu’il ne fallait pas traîner en chemin sous peine de faire des featurings avec Marc Dutroux et Emile Louis. La faucheuse en intraveineuse, j’ai 5 ans sur une vieille photo d’école où je pose, seul. Déjà. La photo est très légèrement floue. Les feuilles du caoutchouc en arrière-plan font penser à un camouflage, un peu celui que j’ai du abandonner lorsqu’on m’a demandé de me tenir immobile devant l’objectif. Et de sourire. Comme s’il fallait sourire à la vie après ce qu’elle m’avait déjà fait et avant tout ce qu’elle allait me faire.

23 ans plus tard, le regard n’a que peu changé. Celui de quelqu’un qui a mal, qui ne sait pas forcément pourquoi exactement, mais qui sait déjà que de toute façon, tout est joué d’avance : le malheur est un tailleur généreux qui a le compas dans l’œil et habille avec (dis)grâce des gens de tous âges alors même qu’ils n’ont rien demandés et qu’ils sont déjà peut-être assez mal lotis comme ça.

Ne surtout plus se retourner, par tous les moyens nécessaires, pour enfin atteindre la lumière que l’on aperçoit en avançant vers le bout du tunnel.

Cette lumière qui n’est, au final, que le néon d’un cloaque qui promet bien pire encore si l’on s’embarrasse d’un passé autrefois encombrant mais qui, révisionnisme salvateur oblige, apparaît douce amère, entre peur de l’avenir et bulle d’un passé ouaté. Apprendre à vivre avec ses erreurs sans jamais pouvoir faire machine arrière, sans pouvoir gommer ce(ux) que l’on aura abimé au passage. Mais il s’avère que le tunnel n’a pas de fin. On a beau avoir l’impression d’avancer mais la lumière, elle, ne se rapproche jamais. Elle est immobile. En réalité, le tunnel EST le cloaque. Et parcourir le chemin en crabe n’en sera que pire.

Road to Hell...

La vie est courte dit-on pour ceux qui partent trop tôt. Les jours sont trop longs pour ceux qui vont devoir attendre leur tour, composer avec les absences. L’impression que l’on meurt nous aussi. Un peu, voire beaucoup. Avec la litanie de remords habituelle mais indispensable, comme si s’accuser de tous les maux pouvaient nous soulager, nous aider à dessiner un semblant de schéma nous permettant de refaire l’histoire. Imaginer que nous avons toutes les cartes en mains, à nouveau, et qu’il est possible de réparer ses erreurs, avérées ou non. La culpabilité ressurgit lorsque, des années après, une fois la douleur engloutie, digérée pour mieux passer dans le sang, le fait de ne plus être obsédé par les absents pose problème. Le silence n’est pas un oubli, tourner les pages ne veut pas dire qu’on arrache les chapitres précédents pour autant. Toute reconstruction passe par une sublimation des périodes troubles. Un nouveau point de départ, douloureux certes, mais qui malheureusement, est nécessaire. Là est le vrai mal, le plus difficile à avaler : devoir traverser une épreuve, comme s’il s’agissait d’une condition sine qua non pour poursuivre son propre chemin de la meilleure des manières. Même si l’on s’en passerait. Vivre désormais pour les nôtres, sublimer la boue pour en faire l’or du temps. “Rien n’arrive au hasard” et “Tout se paie”, tatoués sur chacune de mes paupières…

Je me proclame l’élu qui rime au nom des exclus/
Surpris de subir la vie et de presque plus en pleurer/
Je parle pour ceux qui pleurent des larmes rouges/
D’avoir pris les armes, prouvant qu’on est pas du même camp

Stone retaliation

Une affiche de recrutement tricolore. A force de la reluquer, je suis capable de la voir même les yeux fermés. Une histoire de persistance rétinienne, “y paraît”. Juste un moyen comme un autre d’oublier. Me concentrer sur tout autre chose, histoire de ne pas finir par dire ce que je ne pense pas. Le radiateur auquel je suis relié est également un de mes modèles, une sorte de sujet nu endossant le rôle d’attraction générale dans un cours de dessin et qui abolit tout concept de hors-champ. Il est LE champ. J’examine chacune de ses rainures. La peinture écaillée et la fonte brute qui affleure, les copeaux de peinture acrylique rouillés à même le sol, le nombre de boudins de l’installation, les moindres aspérités… Les questions, je ne les entends pas. Autisme caractérisé. J’ai débranché la prise coaxiale qui allait du tuner jusqu’au récepteur. Je ne parle pas et me focalise sur tout ce qui m’entoure et demeure inerte.

Deux heures auparavant, A. s’est pris du plomb dans l’œil. Un Icare des temps modernes. Une guerre qui aura commencé par un motif anodin, essence-même de ce type de spirales… Un amour propre atrophié de part et d’autre, l’escalade mais l’Everest pardonne rarement, qu’on soit prudent ou non. Un œil crevé. Mains et torses tâchés de sang. Chaud. Bouillonne, sourd non-stop. Les larmes se confondent en un faisceau de râles. Œil pour œil. En nature, cette fois. Direction un bureau, son affiche, son radiateur. Silence. Simple formalité. Pression et précautions de routines. Les couloirs du temps ont happé A. Un rapatriement au pays plus tard, celui qui pensait le plus sérieusement du monde que le JSK était le club du plus célèbre des Kennedy est devenu artisan et arbore un regard à la Slick Rick quelque part dans les montagnes du Rif. Il aura simplement eu le temps d’affirmer que l’œil crevé était celui de Caïn : comme un principe de précaution sponsorisé par le mektoub, il fallait en passer par là. Leçon de vie nécessaire, une épreuve parmi tant d’autres passées et à venir.

Qu’importe, l’œil pour l’œil eut lieu par la suite. Méthodique. Question d’honneur sûrement, stupide assurément. L’insupportable morgue de l’Autre mérite parfois celle du légiste. Menottes, clés, radiateur. Quinze ans plus tard, ça recrute toujours chez la Police Nationale.

ИBA/BWC

Mac G5
Le topic originel ayant disparu du forum de l’Abcdr, il renaît de ses cendres sur cette page avec le All Star Game de ce blog jeu à de rares absences près : mon colloc’ de blog Catin, Aspeum, JB et Nicobbl, zo., Mehdi, RG Prod, Reivax, yacine_, Lartizan, Aircoba, Jean-Pierre LMR, Mind, Balla et Alchi en guest et l’ombre de Bax qui plane sur les débats.

Meilleur topic du monde (des névrosés) ?

http://chimeresdefamille.wordpress.com/processus-decriture-ou-le-syndrome-de-la-feuille-grise/

Invisibl Skratch Piklz : Mix Master Mike & Qbert

Parler de la révolution russe, c’est faire allusion aux événements de 1917 mais c’est surtout évoquer la première battle de Dj de l’histoire. Le rap français est mort à la fin de la première décennie du XXIe siècle chez Walt Seeney, mais le beef lyrical était bel et bien né du côté des Frères Karamazov. La boucle est bouclée, le sample est samplé, la vodka est sifflée, Большое спасибо.

Au sortir d’un monde perdu, l’ancien aveugle voit toujours plus que le « bien-voyant » congénital. Lorsque vous allez tout perdre mais que finalement, il s‘avère que vous avez « simplement » failli tout perdre, le temps de votre enfer personnel passé durant cette parenthèse à réexaminer vos erreurs et vos absences, le temps perdu dans l’errance, le superflu, le superficiel, et bien, il sert de marchepieds vers la rééducation, vers une survie arrachée alors que votre pronostic vital était engagé. Loin de ce qui aurait vraiment du compter pour vous et dont la négligence a failli mener à votre perte. Un coma éveillé à refaire sa vie, à se promettre que si un jour on s’en sort, alors oui, plus rien ne sera jamais pareil.

Mort d’un ami, d’un parent, d’une moitié, d’un enfant. Rupture d’avec votre moitié, reniement de votre enfant ou d’un parent. Les déclinaisons sont multiples. Le déclic vient d’une grave fracture qui découpe votre vie, brise votre Echelle de Richter intérieure et fait que tout redémarre sous une nouvelle ère. Le temps de la guérison ressemble à l’étape de révélation d’une photographie dans une chambre-noire. Le temps de s’habituer à l’obscurité, de se voir agir, avant, puis demain. En plein-jour. Revenir à la vie. Au lavis, aurais-je dis un autre jour, justement.

La contemplation de ce monde considéré autrefois comme perdu et qui, en réalité, est éclairé par un vécu qui aime à effacer les clairs-obscurs pour ne retenir que la solarité de ce « nouveau-monde » sans pour autant tomber dans la niaiserie de “La Première Gorgée de bière…” de Philippe Delerm ou du pathétisme violent (et vice versa) de “C’est du lourd” de Malik. Un carpe diem parti du néant pour accomplir un road-movie contemplatif, le kaléidoscope pouvant donner un « L’Arme de Paix » dont la propension à la simplicité et à fendre l’armure de certains déstabilise pour différentes raisons.

Comprendre que l’on a failli mourir, même symboliquement, et que l’essentiel est finalement ailleurs. Loin des sentiers empruntés autrefois, loin des apparences, mais simplement sous nos yeux, juste-là, dans la beauté d’un quotidien où rien ni personne ne déraille, sans pour autant se pamer devant le JT de 13h de Pernaut. Juste là.
Naïveté ? Candeur ? Passé un certain nombre de kilomètres au compteur, enfoncé dans un mal-être orthonormé, devenu quotidien et accepté comme tel, la simple appréciation de la simplicité fait sérieusement baisser la chaudière chez Ibliss. Qui plus est, le bout du tunnel (la mort, quoi), vision souvent inenvisageable pendant l’adolescence, se dandine déjà cruellement avec des dessous affriolants sitôt passée votre trentaine, selon le cliché classique. Sitôt une paternité assumée avec l’envie de ne plus perdre de temps mais de transformer ce dernier en or, quitte à semer ceux qui semblaient autrefois vous suivre mais qui, s’ils ne comprennent (toujours) pas (toujours) [rayer la mention inutile], ne voulaient en réalité que vous freiner avec eux…

Quelques autres vrais points de vue sur l’album “L’Arme de Paix” d’Oxmo Puccino :

http://www.abcdrduson.com/chroniques/chronique-816-oxmo-puccino-l-arme-de-paix-.html

http://aircoba.wordpress.com/2009/04/27/chronique-oxmo-puccino-larme-de-paix

http://quadratureducercle.wordpress.com/2009/04/13/oxmo-puccino-larme-de-paix/

Avec un agenda professionnel aussi chargé qu’un artisan portugais à son compte et un planning familial digne de celui d’une mère juive, je vais m’éclipser quelques temps. Détenant le titre de champion incontesté de la chronique annoncée mais avortée ou en gestation, je vais quand même mettre un point d’honneur à mettre en ligne le papier-réponse à celui d’Aircoba et à boucler définitivement les chroniques de Métèque & Mat et Jusqu’à L’Amour qu’il ne me restent plus qu’à coucher sur papier, le tout marinant dans ma tête comme le contenu d’une boîte de thon à la catalane depuis déjà de longs mois. L’occasion pour moi aussi de commencer sérieusement la préparation d’un livre qui me tient à cœur et auquel je vais devoir dorénavant consacrer pas mal de temps.

Histoire de, parce que bon, c’est beau de bavarder mais autant qu’on soit utile, je balance une p’tite liste qui fera son p’tit effet chez les acheteurs compulsifs qui ne pratiquent toujours pas de trêve en temps de crise.

Dreyf – Same player shoot again vol.1 – Un nouvel espoir (2009)

Dreyf - Same Player Shoot Again

OK donc après l’album du Sept et de Lartizan, le second diamant brut à sortir des ateliers d’ébénisterie LZO Records est Dreyf. Je spoile rien, même si l’envie ne me manque pas de dire que le refrain de “L’Œil du Cyclone” est le meilleur depuis quelques hooks de la même trempe figurant sur le “Mauvais Œil” de Lunatic et que “Enfants de la Batterie” et son “C’est déjà noir et blanc depuis l’échographie”, entre autres, parlera à bon nombre d’entre nous, métèques de Babel-France.

Pour se le procurer, plus d’infos ici, ou , on en reparle d’ici quelques années sur Ebay.

Le bonhomme est en concert le vendredi 3 avril 2009 à partir de 20h30 à L’Olympic Café (20 rue Léon 75018) avec la présence des invités du projet (Delta, Nakk, Viny, Wilow Amsgood) et Futur Proche & Diomay en première partie. Un billet de 5€ et c’est parti.

Concert “Retour aux Sources” le 11 juin 2009 à l’Elysée Montmartre

Retour aux sources

Officieusement baptisé “Âge bête et têtes de brutes” par les milieux autorisés, c’est un peu le concert de rattrapage pour ceux qui auraient loupé ces légendes vivantes sur scène à l’époque. 38€ pour un truc qui n’a pas de prix, la même année que la Cliqua… Let’s jump.

“Tokyo” de Mo Hayder

tokyo

Impressionné par son Birdman, Tokyo aura réussi le même effet. Discrète incursion chez les Yakusas, prétexte à une intrigue dont la toile de fond est le terrible sac de Nankin. Les japonais n’avaient finalement rien à envier aux célèbres supplices chinois. Le récit à deux voix est découpé à la perfection, aucune chute de rythme, les descriptions de la Chine en 37 sont sans doute les meilleurs passages du livre… Ça se lit d’une traite et on enchaîne ensuite (ou en cours de route) sur des papiers historiques autour du massacre histoire d’en savoir plus. Mon prof d’histoire de 5ème M. Collignon n’est jamais parvenu à susciter un truc pareil, c’est dire.. Et c’est quelqu’un qui a eu 3 à l’épreuve d’Histoire au Bac (Section L, yeah*) qui vous le dit.

Avant de partir : No Sneakers Allowed, j’te BAISE.

Ciao !

*jeu de mot dédicacé à Jean-Pierre

ZIko - C2 La Balle mixtape

Coming soon…

:)

“Planète Rap” ou un des numéros de la mythique émission “24 Heures” diffusée sur Canal+ il y a + de 10 ans, véritable institution de l’information ayant révolutionné le format du genre avec entre autre, l’utilisation de la caméra à l’épaule au cours des enquêtes de terrain façon NYPD Blue…

Ici, il s’agit d’une véritable madeleine de Proust où des mots aussi barbares que “innocence”, “naïveté”, “passion” et “émulation” avaient encore le droit de citer sans entendre le moindre gloussement en arrière-plan…

Trêve de blah blah, la De Lorean ronronne devant chez vous :

Moyen Age1 faisait partie du Côté Obscur originel aux côtés d’IAM et le Soul Swing & Radikal de Marseille, Sunjata de Montpellier et Up II Dat, groupe de Dj Steady, de Bordeaux. “Côté Obsur de la Planète“  sur Rapatitude 2 en 1992, puis plus rien ? Fin 96, Kif Kif Production lâche dans la nature une série de maxis violents dont le plus (injustement) méconnu reste “Le Moyen-âge est là !”… A l’époque, leurs showcases en Fnac marqueront les esprits.

2009 bientôt… La réhabilitation est méritée, le concept médiéval exploité bien avant ces crevures de Manau et avec une dose de sérieux – et surtout de talent – supplémentaires. Les deux productions claquent, les basses font trembler le simple vitrage de votre appart’ avec Le Pont-Levis au micro, Le Donjon aux scratches, La Tour à la basse et Les Remparts aux choeurs… “La violence s’entend dans l’accent”, qu’il disait. Les suiveurs de tendance et les escrocs inflationnistes d’EBay n’y connaissent rien, ne laissez pas passer ce maxi s’il passe entre vos mains ou entre deux clics.

“Détail” de pochette : Mastérisé par Carlton Batts au Hit Factory – New York. Ah wé, ceci explique aussi cela.

Autre détail : Le titre “Les usages d’une secte” vous rappellera sans doute une des lignes de “La Cosca” d’Akhenaton sur Métèque & Mat. On en reparle bientôt.

http://www.myspace.com/moyenage1

BOOBA – 0.9

S’il est exact que le rap français a les stars qu’il mérite, il a dû faire une sacrée boulette pour avoir mérité Booba. Un peu à la manière de Ségolène Royal au PS, le rappeur divise les fans de hip-hop en deux clans, ceux qui le détestent et ceux qui l’adulent. Les uns et les autres, pour des raisons discutables. Si l’on s’en tient à la musique, on a du mal à dépasser les clichés grandguignolo-machos que cultive Booba sur des sons hardcore étrangement inoffensifs. Le rappeur musculeux rêve sans doute d’entendre ses morceaux en club. Mais comme pour le reste, la gonflette ne suffit pas.

20 Minutes – 25/11/2008 (p.20)


La liberté d’expression, c’est aussi avoir le droit d’écrire strictement n’importe quoi avec le luxe suprême de ne même pas signer ses propres torchons. Mes amitiés à toi, journaliste scribouillard de 20 Minutes.

booba 0.9

Contribution à l’étude des rapports (le mot parle de lui-même) entre un artiste et son public.

Avant toute chose il faut se remémorer ce fameux concert où Booba a dû casser une bouteille de whisky sur une partie de son public. Globalement c’est l’info qui a été retenue, alors que l’événement était ailleurs. Il était précisément dans les sifflés de ce public. Qu’est-ce qui pousse un mec à payer une place de concert à ce prix là pour aller siffler un chanteur ? Poser cette question c’est déjà faire fausse route, c’est se placer sur le terrain du rationnel alors qu’on évoque une passion. Rappelons que les crimes passionnels sont moins sévèrement punis par la justice. L’objet de la présente étude n’est donc pas uniquement de dénoncer les actes commis sous l’emprise de ce feu brûlant, mais aussi d’y trouver certaines circonstances atténuantes.

Booba a entretenu la flamme de la passion avec son public en jouant savamment sur ses fantasmes et en les alimentant. L’acte fondateur c’est la sortie de prison du rappeur. A partir de là il s’assure une légitimité. Il va donc se trouver une partie de son public pour faire une confusion entre Booba, l’artiste, et Elie, l’homme. Personne ne demande à Christopher Reeves de s’envoler dans les airs (le pauvre a déjà du mal à chier tout seul), tout le monde sait qu’Hervé Vilard n’a jamais embrassé de fille à Capri (ni ailleurs) ; il y a pourtant des types qui voudraient qu’Elie soit ce chauve avec un gun, parce qu’il l’a dit dans ses textes.
Le public pousse l’amour de son idole jusqu’à exiger qu’elle accomplisse ce qu’elle raconte dans ses chansons. Rappelons-le : il s’agit de chansons.

Mais railler ces pauvres gens pour leur candeur c’est oublier que Booba a alimenté ces sentiments : il a joué sur la corde sensible d’un certain public qui aime se toucher en rêvant sur le degré de racaillerie d’un mec. Quand ce public se rend compte que le mec en question n’a rien de racailleux, il a honte de s’être touché le sexe en pensant à un homme dur, et plutôt que de se dire qu’il s’est fait baiser (ce qui ne devrait pas être pour lui déplaire, normalement), il préfère casser sa poupée. Logiquement, les mecs auraient dû se demander pourquoi il était si important pour eux qu’un artiste ait vécu ce qu’il chante, dès lors que ce qu’il chante leur plaît. Mais entrer dans ce genre de considérations, c’est déjà s’avouer, à demis-mots, l’inavouable : je veux qu’il soit comme il chante car pour apprécier (un artiste) j’ai besoin d’aimer (un homme). C’est un comportement, paraît-il, plutôt féminin : avoir besoin d’aimer pour pouvoir faire l’amour. Etrangement le public rap fonctionne sur les mêmes ressorts, il veut pouvoir être amoureux de l’artiste, et pour cela, il faut que l’homme soit comme sa musique.

Dès lors, cette frustration qui éclate lors d’un concert ou n’importe où ailleurs ne doit plus étonner. Le public est une femme trompée. Elle veut un mari super baiseur mais quand elle se rend compte que super baiseur baise ailleurs elle voudrait lui couper la queue plutôt que de se dire que tout ça répond à une certaine logique. Les types voulaient un super gangster qui raconte super bien ses histoires de super gangster et veulent lui couper la queue quand ils se rendent compte que c’est juste un mec doué pour les formules et donc un peu moins pour les braquages.

Mais Booba a toujours joué de cette ambiguïté. Etrangement personne ne parlait d’homosexualité quand on le voyait torse nu dans des clips, transpirant en faisant de la musculation… Quand Kanye ose mettre des lapins sur une pochette, les attaques se font plus vite. Sûrement à cause d’un certain malaise, à l’époque, dans une partie de son public : je me rends bien compte que c’est gay friendly, mais j’aime ça et je ne veux pas qu’on dise que j’en suis. Donc je ne dis rien. Logique.

Pour aller toujours plus loin dans cette démarche, Booba a récemment fait son coming out : « pour être dans le 92i faut en avoir une grosse comme Makélélé ».
Quels enseignements tirer de cette phrase? D’abord que Booba a vu Makélélé nu, et que le spectacle lui a plu, au point d’en faire l’étalon d’admission de tout nouvel ami.
Ensuite, qu’avant d’entrer dans le 92i, il vaut mieux montrer bite noire que patte blanche. Imaginons la scène un instant :

Nous sommes dans la salle d’attente des bureaux très modernes du 92i. Le personnel dispose d’une machine à café Nespresso, les fauteuils sont dessinés par Starck, un écran plat fixé au mur joue les derniers clips U.S., les visiteurs peuvent lire l’un des cinquante exemplaires de the source à leur disposition. Monsieur Lulu attend depuis vingt minutes, il est arrivé en avance pour son rendez-vous, il est un peu anxieux.
La secrétaire l’appelle, Booba va le recevoir.
Il entre dans le bureau du Président du 92 i, au mur sont fièrement exhibés les disques d’or. On lui propose un café, il refuse.
-« Bien, on va faire ça vite, j’ai pas mal de rendez-vous ce matin, mettez vous à l’aise, enlevez votre pantalon ».
Pour ne pas le gêner la secrétaire est sortie du bureau. Il se lève, baisse la braguette et déboutonne son pantalon de costume, le futal tombe jusqu’à ses chevilles, il enlève son boxer et, pas fier, présente sa queue au Président. A ce moment précis il sait qu’il a vraiment l’air d’une pauvre merde, mais il faut en passer par là si tu veux intégrer le 92 i, c’est dit dans la chanson. Booba n’est pas plus perturbé que ça ; il attrape une plaquette d’une trentaine de centimètres sur laquelle est dessiné un sexe gradué, accompagné de la légende suivante : La bite de Makélélé.
Il chope la queue de Monsieur Lulu, il a les mains froides, Lulu est très tendu. Il la plaque sur son étalon, prend l’air un peu soucieux, et range son matériel, invitant Monsieur Lulu à faire de même.

L’autre n’en peut plus, il veut savoir :
-Alors, alors, c’est bon ?
Avec la froideur du chef qui sait qu’il a, entre les mains, l’avenir de son interlocuteur, Booba lui répond :
-On te rappellera ; garde la pêche.

Revenons à nos moutons et demandons nous : à quoi ça sert, pour un hétérosexuel, d’avoir des amis avec une grosse queue ? Je veux dire, en dehors de ceux qui n’arrivent pas à faire jouir leur femme et pour qui, un ami bien monté, peut dépanner.
A rien.
En revanche, pour un homosexuel, il est normal de se targuer d’avoir des amis bien équipés, ça présente une réelle utilité.

Après cette brillante démonstration, il n’y a plus à s’étonner de la pochette du futur album de Booba. On est dans la droite ligne de ce processus déclenché avec la libération des hormones d’un taulard qui ont pu se répandre allègrement dans les cerveaux d’hommes qui n’attendaient que ça, et qui préfèreront tuer leur idole plutôt que de se l’avouer.
Si l’on accepte de regarder objectivement les choses, il n’y a pas lieu de s’étonner que des types qui aiment tant à se revendiquer dans la merde joignent le geste à la parole.

Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra, ne comptez pas sur moi pour écrire ici que Booba et son public sont des homosexuels pas tellement refoulés. J’ai déjà assez d’ennuis comme ça mon bon Monsieur, et si j’en crois certains « some niggers fuck their ennemies in the ass when they catch them », je ne tiens pas à avoir de nouveaux ennemis. Qu’on se le dise.

Olivier CaTin

Ma première maison possédait un escalier de six / sept mètres de haut qui menait au 1er étage d’une bâtisse, dans l’enceinte même de l’usine où travaillait mon père. La rampe en fer forgé constituait le terrain de chasse idéal pour les araignées qui désiraient y tendre leur toile. Lieu stratégique donc, tant les jointures des marches de pierre regorgeaient de fourmis. Les imprudentes permettaient aux araignées de facilement assurer leur pitance.

J’ai du m’apercevoir que chacune de ces bestioles avait sa vie propre vers mes trois ans. Une révélation quasi mystique avec le recul, loin de toute naïveté apparente. Envisager que chaque être vivant est mû par une volonté propre, organisé en toute autonomie, vivant sa vie en tenant compte des autres mais existant par lui-même, malgré son appartenance à une communauté organisée et basée sur le sacrifice de la partie au bénéfice du Tout. Point d’anthropomorphisme, aucun transfert de sentiments ou d’interprétations… Mais cette révélation m’a permis de saisir que je faisais également parmi d’une galaxie muette, induite, dont je ne voyais que la surface émergée. Avec l’envie immédiate de me tenir au dessus d’un pont autoroutier, de regarder vivre cette fourmilière, de regarder défiler le trafic et de réaliser en direct que chaque personne, dans chaque habitacle, mène sa vie à son rythme, planifie sa journée, indépendamment de tous ses autres congénères. Fait évident aux yeux d’un adolescent, d’un adulte ou d’un ancien, mais il faut bien passer un jour où l’autre à travers cette porte de la perception-là. Evidente, mais capitale.

Réaliser que chaque astéroïde qui gravite dans cette galaxie, chaque fourmi, a des chances de croiser, percuter, écraser un de ses homologues mais aussi que les chances sont maigres si l’on garde le regard braqué sur notre horloge interne, un GPS dont la voix off est imbibé d’égoïsme que d’autres appellent instinct, avec cette fameuse solitude existentielle en point de mire, destination finale du voyage que chacun d’entre nous a entrepris depuis sa venue au monde.

L’erreur, le hasard viennent perturber la donne. Amis, amants, ennemis qui graviteront plus ou moins longtemps autour de notre système terrien. Cet instant où vous entrez par effraction chez un autre. Quelques secondes de silence, le temps de reluquer la pièce, d’identifier l’acteur qui y évolue et que l’on est venu interrompre, puis prendre la décision, définitive ou non, de rester et d’écouter, d’entamer la discussion, d’observer, d’être passif, de manipuler, d’intervenir du mieux que l’on pourra, le plus honnêtement du monde, le plus vicieusement du monde… La palette de réaction est infinie et coordonnent la suite des opérations. Autant de solutions que de profils terriens.

Décider de rester et d’endosser le chasuble d’interlocuteur ou de voyeur selon la discrétion et le degré de passivité déployé, c’est choisir de sauter du pont autoroutier et de se retrouver embarqué pour un voyage vers l’inconnu, aux côtés d’un conducteur que l’on ne connaît pas non plus ou si peu dès les premiers kilomètres. Des premiers kilomètres qui peuvent s’avérer éternels selon les histoires personnelles peuplant le devant des appuie-têtes. Mais qu’importe la durée.

Entrer par effraction à une nuance près : on vous a invité à entrer, on a soigneusement préparé le terrain un minimum pour que vous vous sentiez légitime dans votre pseudo-intrusion. Rien n’est possible sans l’autorisation de l’Autre, implicite ou non. Le casque sur les oreilles, j’écoute. Comme le capitaine Gerd Wiesler de la Stasi alias HGW XX/7 dans La Vie des autres. Je lis, j’écoute. Je me remplis, mes vides aspirent, se gonflent, se gorgent de vie comme si je recevais une greffe de moelle osseuse. L’effet est similaire à une injection d’adrénaline. Se sentir revenir d’entre les morts, d’entre les fourmis ligotées, emberlificotées entre les montants en fonte de mon escalier, où l’on attend de mourir empoisonné par un quelconque venin. Se sentir vivant, enfin.

Marqué par les rencontres qui comptent depuis que je suis en âge de cerner les enjeux. Ces enjeux-là. Réaliser que l’acide ne remplit pas qu’une office de destruction pour peu que l’on sache en détourner l’usage. L’influence des Autres fonctionne comme la gravure en manière de lavis, à l’origine de l’aquatinte. Cette influence s’assimile au bain d’acide crucial dans le processus de la gravure. D’abord écorcher le médium, le travailler en brut, puis à chaque fois ciseler plus précisément jusqu’à aborder les détails et les contours. On obtient alors le négatif parfait de l’image que l’on veut imprimer en bout de course. C’est le bain d’acide ou de résine qui révèlera la scène finale. La technique du lavis permet de ne partir que d’une seule couleur que l’on diluera et nuancera pour obtenir un jeu chromatique plus complexe.

Lavis des Autres, justement. Se nourrir du hasard, des gens que l’on a percuté pour profiter d’une pente ascendante, la leur ou la notre, et bonifier ces rencontres en tendant ou saisissant la main qui se présente à vous, même le plus discrètement ou à contre-cœur du monde. Qu’importe, ce qui compte, c’est de jouer juste “La Sonate des Bonnes Personnes” pour ces Autres qui comptent à ne pas en avoir idée. La partition d’une vie. Et d’être soi, pour une fois. Révélé à l’acide, par l’intermédiaire du lavis des Autres, le plus sincèrement du monde.

Pour appliquer à la lettre (et l’épée) mon billet précédent, la testostérone va remplacer l’encre pour cette courte bafouille.

Nape dropping ? Wé wé, name dropping. Donc, à vous, belle brochettes de putes, avec dans l’ordre :

- ANU, moins con que tu ne voudrais le faire croire sous tes allures de bot à la Poutine. Pas de réponse à mon PM, j’imagine que c’est soit un trait d’intelligence, ce qui ne m’étonnerait pas, soit que tu ne check pas tes mails. Je reproduirai pas le PM en question, même si je suis tenté. Y’aura réinvitation d’ici quelques secondes. Mais LOL quand même hein.

- Le_Golfeur, putain, t’as vu, t’es important maintenant ? tu postes sur un webzine HH, tu détestes cette musique, et je parle de toi ! J’espère que ta carrière de Joelle Mazart te pousseras à continuer dans le social, et que tu voleras à la rescousse des petites ANU qui fleurissent et fannent ici et là sur les forums du monde entier. Sinon, pour ma part, je vais bien ne t’en fais pas, mais je t’encule quand même. N’étant point gay, je pourrai à l’envie te confectionner un 19ème trou, très propre, avec un tournevis Facom, si ça te démange réellement de venir me tester.

- XXème district, bon bon, attends, je branche le traducteur de Google : ta vu, té supér chian àla longu, le disk é réyé, on a compri ke t’été le cousin de Seven et que Booba, ct info. Bon, je t’ai retaillé le front à coup de posts, t’as pas été capable de relever le challenge sur le terrain du beef verbal (j’ai ouvert un Buffalo Grill depuis ma majorité au fait, beef, beef et beef only), tu mérites pas trop de considérations malsaines comme les autres en fin de compte. T’es juste super relou, limite troll autiste.

- Blazi Kozini machin, hahaha, l’homme “aux phrases Hip Hop” qui est même pas foutu de connaître… LIM. Le Beat de Boul, tout ça. Ok, donc t’es disqualifié d’entrée, je me rends compte que j’aurais jamais du lire ces gens-là (les deux derniers, les autres, c’est drôle quand même) plus de 5 secondes dans ma vie. Je te demande ton phone, tu me files rendez-vous dans un rade où doit m’attendre une équipe de corses. C’est mignon le courage. Je te donne rendez-vous au Clair de Lune à Château Rouge, moi aussi chui courageux, on te piétinera à 15.

- Eldridge C. aka Fred H. aka Jesus Was Black… Comment dire, oui, ça fait un choc. Y’a visiblement eu un prix de gros en Bourgogne concernant l’inscription sur l’ABCDR. Hé mec, c’est gratuit ! Histoire de rigoler, toi qui a traité Mind de “sale nègre”, qui m’a traité de “sale connard” (je prends ça comme un compliment par contre) et qui fait genre l’innocent sur le forum alors que t’étais en mission pour Le Téléphone Arabe, si tu t’ennuies, je peux te présenter ma voisine. Elle est schyzo depuis 30 piges, 1m80, un 95 B à vue de nez (erk!), je peux te la présenter, y’a moyen que vous montiez un bon putain de Quintet à vous 5. Fais-moi signe, je suis prêt à rendre service.

Pour finir, merci à Mind, Julien, zo. et Teobaldo. Et JP aussi (file l’adresse de ton blog en sous-marin, d’ailleurs). Et beau gosse pour Spleenter. Ton blaze a été prononcé samedi à St Michel, comme quoi, on aurait du faire ça y’a plus longtemps, même si le JAP devait bien s’en branler. Lui aussi.

Why so serious ? Bah wé. D’ailleurs, n’importe où, n’importe quand les gens. Lâchez vos phones, vos rendez-vous, je fais des heures supp en sortant du taff, c’est quand vous voulez. Paris est petit. Aucun décalage entre le forum et la vie réelle. Pas de personnage chez moi, les mecs qui postent et qui m’ont déjà vu peuvent témoigner. Vous trompez pas d’interlocuteur. Chui en mode Richard Durne là, si l’envie vous en prend.

C’est quand même cool les eaux territoriales d’un blog. Pas de modérateurs, pas d’admin, je suis le démiurge ici, et je découpe à la machette QUAND VOUS VOULEZ les mecs.

Cette nuit, j’ai rêvé que j’écrivais. Non-stop. Aucune idée de la réelle durée du rêve, mais me suis réveillé comme après l’une de mes récentes « séances » d’écriture : fatigué comme si je n’avais fait que ça de ma courte nuit.


Ces derniers temps, ma machine à aigrir à écrire ressemble à une machine à laver : je lave et relave un linge qui n’est pas sale, mais qui est resté trop longtemps mouillé dans le tambour. La putréfaction en point de mire ; la mienne est en réalité le produit d’un redoutable alliage douleur / haine. Quelque chose d’inoxydable à première vue, mais que seul le temps et son parent proche, le recul, peuvent arriver à corrompre, saper, rouiller.

Dans « Le Mariage du Ciel et de l’Enfer », William Blake avance que « si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie. » Ces fameuses portes de la perception qui auront inspiré le livre éponyme d’Aldous Huxley, lequel se servira d’un medium (la mescaline) pour passer un palier sensitif, voir l’invisible, ressentir l’impalpable. Ma mescaline à moi, c’est haine et douleur. Je griffonne, gribouille, rature des pseudos écrits depuis que je suis collégien mais je n’avais jamais ‘ressenti’, ni été aussi à fleur de peau que ces derniers temps. A fleur de peau, dans le sens où la moindre phrase, la moindre scène à laquelle j’assiste, le moindre souvenir qui émerge me nourrit.

Le linge dans le tambour n’est jamais de la même nature. Si le programme a beau être relancé régulièrement, j’étends le linge systématiquement, mais pas forcément officiellement ni par écrit. Tout le substrat de ces 27 dernières années affleure, et j’ai enfin le derrick et le pipeline pour l’exploiter correctement. Ma boîte crânienne ressemble à la baraque de Rick Rubin : les Natures Mortes tapissent mes putains de synapses, avec des Vanités dans toutes les pièces. Je gérais jusqui’ci ma saloperie de pétrole comme les pays de l’OPEP : au cas par cas, et seulement quand la demande s’en faisait vraiment ressentir, à la demande générale. Les portes de la perception que j’ai franchies agissent à la manière d’un parfait trampoline quand autrefois, j’étais aussi rigide qu’un tétraplégique. A partir de choses à première vue anodines, je rebondis, me nourris, digère, fait macérer le tout pour me purger. A l’écoute, à l’affût. Constamment. A mon écoute, pour une fois. J’avance écorché vif, disait l’autre. Chaque centimètre de ma peau avale le monde. Chaque pore est béant, grand ouvert comme à Rungis… Une boulimie effrénée comme s’il fallait écrire pour dire définitivement, pour ne pas oublier, pour figer. Ecrire pour ne pas mourir, pour ne pas être pris de court, comme si on allait justement mourir demain.

Barils de lessive, de poudre à canon ou de pétrole sont infinis tant que le moteur à explosion dans mes tripes et dans mes hémisphères n’auront pas consommé le mélange haine / douleur. Ma sérotonine à moi. Avec le risque de faire un remake grandeur nature du Salaire de la Peur d’Henri-Georges Clouzot.

En guise de planche à billet, j’ai ouvert une blanchisserie, un peu comme dans « Le ventre de la Bête » d’Edward Bunker. Le propre devient sale et vice versa, tout déteint puisque je mélange tissus et couleurs selon l’humeur. Tout déteint mais si le linge passe comme le temps, la faille de San Andrea qui me fracture depuis l’occiput jusqu’au talon d’Achille ne demande qu’à se remplir d’encre et de flow. Définitivement. L’écriture loisir en mode « colonie de vacances » a laissé entrer Marc Dutroux sur son terrain de jeu. J’écris depuis le front, et me dois d’aller jusqu’au bout du tunnel. Qu’importe l’ennemi en face : si mon “Full Metal Jacket” à moi m’amène à buter le sniper à la fin, je le ferai. Tuer le père et définitivement achever l’enfant qui somnole encore malement en moi.

Certains vides vous remplissent à ne pas en avoir idée. Mon carburant est sans doute aussi radioactif qu’une nappe phréatique de Tchernobyl mais il ne s’arrête pas à la frontière de ma contrée, lui. Il va au-delà, irradie proches et moins proches avec des effets à géométrie variable. Le voyage au bout de moi-même ne fait que commencer : au milieu de ceux qui sont pressés de vivre, pressés de mourir, je suis pressé de vivre au ralenti, d’arrêter d’être ce squale qui tourne en rond dans son bidet et se jette sur les moindres Vania usagées qui lui tombent sous l’aileron. Acteur et spectateur à la fois, je me regarde faire et subis les conséquences de mes actes en même temps et en temps réel. Visé et viseur simultanément. Navigation à vue pour aveugle en quête de sens. Et j’ai volontairement brisé mon sextant avant de badigeonner les portes de la perception avec des jerricans d’eau de javel en suivant les conseils de William Blake …

L’instinct, la haine et la douleur, trinité universelle et intemporelle qui est plus ou moins latente en chacun de nous. Les circonstances transforment la latence en affleurement. En psychologie existe l’idée de « solitude existentielle ». Accepter le fait que, quoi qu’il advienne, aussi (mal) ( peu) entouré soit-on, la solitude est la moelle épinière de la condition humaine. Autant ne pas mourir frustré. Autant siphonner mon dépôt de carburant et tarir une source qui n’en est donc pas une.

Fermer ma blanchisserie à la cadence industrielle, donc. Et redevenir une lavandière avec une Kalachnikov en bandoulière qui, lorsque la machine à laver tombe en panne, va chercher l’inspiration sur les rochers. Fatigué, comme si je n’avais fait que ça de ma courte vie.

Sans transition avec le billet précédent, on vient troubler la partie de Scrabble de la maison de retraite de ton quartier, on incruste des 9 lettres avec des mots improbables, mais ce qui compte, c’est le Swinging Partners de l’homme Corrado.

01.HAROUN – La routine – BLEND
02.FABE – Des durs, des boss, des dombis – BLEND
03.DANY DAN – EKOUE – KALASH – Malgrés l effort – BLEND
04.SAGES POETES DE LA RUE – Qu’est ce qui fait marcher les sages ? – BLEND
05.ZOXEA – Rap, musique que j aime – BLEND
06.ROCE – JL – Qui nous protège ? – BLEND
07.LA CLIQUA – Né pour ça – BLEND
08.KOMA – La peur du lendemain – BLEND
09.CASEY – Le fusil dans l’étui – BLEND
10.LA RUMEUR – P.O.R.C – BLEND
11.OXMO PUCCINO – Tiroir caisse – BLEND
12.SUPREME NTM – Police – BLEND
13.DADDY LORD C – Les jaloux
14.X MEN – Jeunes coupables et libres – BLEND
15.LA CLIQUA – Hip hop sacrifice – BLEND
16.SUPREME NTM – Seine saint denis style – BLEND
17.ROCE – Ricochets – BLEND
18.RAPHAEL – SHYEM – LOUCHA – Worldwide – BLEND
19.BUSTA FLEX – Kick avec mes nike – BLEND
20.X MEN – Justifiables
21.FABE – L’axe – BLEND
22.KOMA – Tout est calculé – BLEND
23.LA RUMEUR – Les écrits restent – BLEND
24.HIFI – L’élévation – BLEND
25.ROCCA – Le Hip Hop mon royaume – BLEND
26.JL – Mon coin de paradis – BLEND
27.OXMO PUCCINO – Mama lova – BLEND

L’âge d’or, là je dors…

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