J’ai choisi de m’épuiser au travail plutôt que de m’abrutir aux tranquillisants ou de mitonner une cantine pour toucher de quelconques narcotiques faits-maison. Je viens de finir ma première journée. Je pensais m’évader un peu, en fuyant la routine carcérale, sa vie minutée, sa bande-son mais tout m’avait ramené à la pénitentiaire, d’une manière ou d’une autre. Code vestimentaire ; bruits ; odeurs ; hiérarchie ; bandes. Un temps insaisissable aux minutes dilatées – cet ennemi invisible qui tue plus que la solitude et le manque des nôtres – et qui constitue la véritable inconnue à résoudre dans cette équation insoluble qu’est l’enfermement. La seule variante – et elle est de taille – est celle de l’hygiène, industrie agro-alimentaire oblige. L’ironie du sort, c’est qu’être esclave t’autorise cet insigne privilège : une douche plus régulière.
Prise de poste : blouse en papier, charlotte, gants, bouchons, bottes. Hors du vestiaire, à l’intérieur du pancréas de la Bête, je participe à l’élaboration d’une bile légalement commercialisée, destinée aux honnêtes citoyens. De mes dix doigts, je fabrique, pèse, mélange, (re)conditionne acras, brandade de morue et de lieu jaune et autres beignets de calamar. Chacun occupe un poste précis mais est amené à être interchangeable. Babel à l’œuvre, comme un fist-fucking en cadence à Guerlain. La France sous écrous, un concentré de ce qu’elle rejette qui macère pour mieux exploser un alambic qui devrait faire les ravages d’une poudrière une fois l’ester isolé et volatilisé et la crème du banditisme distillée à la chaleur d’une huile de friture brûlante. Beaucoup de haine dans le magasin où chaque fourmi est une arme automatique à elle-seule et qui ne demande qu’à servir, viser, annihiler quiconque se mettra en travers de son chemin. Dehors. Un jour.
Je découpe, je concasse, je mélange, je transporte, je traîne, je jette. Chambre froide, four. Chariots, trans-palettes, Fenwick. Cris, râles, hurlements, pleurs, nocturnes ou diurnes, si je les évite à l’usine, je suis néanmoins aux premières loges d’une autre symphonie tout aussi monstrueuse. Le bruit des presses, machines, ensacheuses, tapis-roulants, mélangeurs, étiqueteuses trouvent une place propre sur une portée complexe qui interdit toute communication orale autre que les cris. Tout est quantizé à la perfection comme une production de Pete Rock, je rejouerai sans doute mes gammes cette nuit en rêve après ces neuf heures de concert aux premières loges.
Entre deux chambres froides, comme pour neutraliser les chocs thermiques et accélérer l’interminable, je refais ma vie et même celle des miens, j’essaie de devenir le “Voyageur sans bagage” d’Anouilh et Aurenche, je rêve d’amnésie, de la vie de ceux qui rêvent la mienne mais ont le luxe de pouvoir s’arrêter à temps et de retourner à leurs petites occupations. Libres. Sans doute pas pour toujours.
En guise d’évasion, je suis parfumé à la fragrance Jacques Cousteau en quittant le vestiaire. La poiscaille, le musc, le latex me collent à la peau, mes vêtements sont bons pour la blanchisserie et j’ai droit à une douche plus souvent que mes coreligionnaires, donc. Finalement, mon vrai salaire est la vapeur des douches, doux nuage d’éther que je chevauche avant d’empoigner les nuées de mon joint, celui qui t’apprend à chaque bouffée l’origine du mot “shit” et fait la fortune de ton proctologue favori entre deux go-fast…
480 pages, 4 kilos, 388 photos noir et blanc, Inferno/L’Enfer de James Nachtwey, c’est Virgile qui mène Dante à un tour du monde des conflits de la planète pour un voyage où jamais personne ne sort indemne. Ni le photographe, ni les “sujets” qu’il immortalise, au sens propre et noble du terme, ni les spectateurs. Ces derniers constituent le dernier degré d’une chaîne tendue entre la volonté de témoigner, celle de survivre et celle de ne plus pouvoir dire “nous ne savions pas” en sept cercles, chapitres et pays. Chaque cliché est un authentique tableau dont il émane une force et un magnétisme dramatiques qui remuent ciel et terre et tord encore les boyaux longtemps après avoir reposé ce pavé indispensable.
Subway Art, Paris Tonkar, Kapital. La trilogie va devoir accepter la concurrence d’un petit dernier dont la naissance a depuis longtemps dépassé le terme pour mieux débarquer avec des mensurations de poupon nourri aux hormones de croissance et dont Karim *Wild*War* Boukercha est le papa. 400 pages, 1000 photos, un pan entier de l’histoire du graffiti parisien (et donc français) défile et devrait démanger d’anciens vandales rangés des voitures. 39€ le laisser-passer pour la première classe avec possibilité de mettre vos pieds sur les banquettes et un coup de fraiseuse sur les vitres de votre rame favorite. Par procuration.
En 360 clichés, l’oeil du brésilien fait le tour du monde des exodes planétaires avec une touche qui lui est désormais propre, mêlant beauté, engagement, empathie et drame. 360 degrés, soit un tour complet sur l’Homme, une “révolution” au sens propre mettant en lumière le désarroi de populations chassées de leurs terres et à la recherche d’une paix que Salgado ne parvient jamais à déceler sur leur visage. Leur futur est ailleurs, dans l’errance, quelque part entre notre pupille et l’oubli.
Après l’herpès du 15 août, Vîrus partage sa blennorragie avec une générosité certaine en crachant un 31 décembre encore plus maîtrisé que son prédécesseur. Banane à la console, Tcho à l’image et le BVSC chie dans les bottes de toute la basse-cour proprette de ton rap francophone. Ah, et c’est gratuit.
Paris XVIII, Paris la nuit, un nom tout droit échappé d’un titre de prophète new-yorkais, un artwork (et un clip ci-dessous) encore une fois cuisinés par Tcho le légiste au scalpel rouillé, un groupe qui pue la peine capitale en majuscule… Les Règles de l’Art, c’est un peu le premier essai de Carl Lewis au championnat UNSS de ton collège. Moite, convivial comme une cellule à Emerald City, bienvenue non pas chez Zahia mais chez Stamina avec Freez et Emoaine au micro et Chilea’s Music ou Nodey & Omar notamment à la baguette. Indé bandant, vas-y viens.
Braquage en YZ aura un successeur. En attendant États-Unis d’Afrique avec Hype, Sazamyzy, Zesau, Shone et Bolo courant 2011, le duo bondynois devrait loger (gratuitement) le projet GB Paris Vol 1 dans vos barillets au mois de mai avec Eezeum l’illuminati ivoirien et Steve Below. Le tracklist est déjà trouvable quelque part dans le Val d’Oise. Billet déductible d’impôts et susceptible de financer l’Ipad et le maillot du Barça qu’Hype va m’offrir, déconnez-pas, téléchargez les mecs.
Toulon, pour moi, c’est Un brin de haine. Roberto Succo en cavale. Ou RC Toulon – CABBG en 91 à Mayol. Du sang, du sang et encore du sang. Vous reprendrez bien un peu de son ? Pour toucher le Pacemaker- The fuckin’ Indoor-Album de Fitzroy, ça se passe ici, ici et ici.
En hommage au climat si nauséabond qui traverse notre pays ces derniers temps (bien plus que le nuage de Fukushima, c’est avéré), un petit retour en arrière s’impose. Il fut un temps où le magazine L’Affiche méritait bien son sous-titre : “le magazine des autres musiques”. Le canard avait ouvert les colonnes de ses Brèves / News à un groupe OVNI qui fait aujourd’hui figure de précurseur au rayon “rap français syndrome La Tourette”, bien avant les Morsay et ses Truands de la Grammaire et sa cohorte de rejetons consanguin(aire)s : les Playa Twins, avec Pablo Escobar la figure de proue du label Enculé Tsa Mère Prod.
Outre ses titres fleuris (cf. le tracklist de la cassette Funérailles de Flics ci-dessous), le groupe avait la particularité de jouer le jeu de la provoc jusqu’au bout. Point d’orgue ? La participation de Proxé, compère dudit Pablo Escobar, à un film de Véronique Lefay. Particularité de Proxé ? Un renoi qui pose en train de se faire vidanger par cette bonne dame sur la jaquette et qui a été bien mal doté par Dame Nature. Nom de ce chef-d’œuvre, fautes d’orthographes comprises : “Avales tout”. Tant de générosité et d’amour en ces temps de crise ne pouvaient rester en sommeil dans mes tiroirs, je partage pour une fois des snippets des morceaux histoire de verser ce cyanure sonore dans les petits marteaux et enclumes de vos conduits auditifs. Oui, c’est horrible, oui ça rappe très mal, oui ça raconte n’importe quoi, mais c’était y’a 14 ans, l’époque où tout était soi disant mieux avant. Notre future Présidente de la République est en bonne place dans les saillies rapologiques de ce projet confidentiel qui aurait mérité une exposition médiatique bien plus importante. F2Souche, prends garde à toi, les blancs s’en prennent aux blancs.
Courte sélection, de quoi pas trop saouler les invités…
“L’encens” sera de rigueur, des sacs en papiers ainsi que des mouchoirs seront offerts à l’entrée…
Les sacs, c’est pour gerber, éventuellement.
DOM
Al Green - Love & Happiness
Stevie Wonder - Living for the city
James Brown - Down & out in New York City
Curtis Mayfield - Freddies Dead
Jimi Hendrix - Hey Joe
Kaya - Ras Kouyon
Dennis Brown - Promised Land
Bob Marley - Redemption song
Chanson cachée sous le cercueil - Bonus Funeral Track -Going All Out (Instru)
Le dernier bouquin que j’ai lu, c’était au mitard. Ils te les amènent dans un chariot où il n’y a que des livres avec des chattes dessinées dessus, des pages qui manquent… Je crois que c’était une histoire de cafard géant. (rires)
Booba, Itw dans Métro (22/11/2010)
Du Coup d’Etat Phonique à La Cliqua en passant par le Beat 2 Boul’, Time Bomb jusqu’au 45 Scientific et le le 92i originel avec H2B, la trajectoire de Booba n’aura jamais supporté personne dans son sillon, au-delà même de son explosion en solo. Réveillé un beau matin de la moitié des années 90 – vers 15h – , il a connu la même destinée que le personnage de Gregor Samsa dans La Métamorphose de Kafka qui se lève singulièrement différent, avec un corps de cafard et qui va très rapidement se retrouver au centre de toutes les attentions, détesté et mis à l’écart alors que finalement, ce sont bel et bien “les autres” qui auront davantage changé que lui. Depuis “Cash Flow” en 1995, si le propos du métis café-crème n’a jamais dévié d’un iota de sa Sainte Trinité armes/putes/drogue, ce sont bel et bien ses auditeurs – parfois révisionnistes – qui ont mué, au sens hormonal du terme. Enfermé dans sa tour d’ivoire, Booba a bien essayé de laisser le digicode à ses théoriques rivaux pour qu’ils lui donnent le change mais le All In tenté à chacun de ses cinq albums est synonyme de délit d’initié à sa table de poker : il sait que le jeu des autres était/est/sera nettement moins bon que le sien. En roue-libre, Booba explose les contours du personnage qu’il s’était définitivement inventé lors de 0.9 pour ne pas s’ennuyer ad vitam aeternam. Ancienne moitié de l’hydre à deux têtes Lunatic qui s’assume “en rat des villes quittant le navire”, le “schizophrénique” parle lui-même au personnage qu’il a créé pour frayer dans le hors-piste et briser la routine en redoutable dealer de punchlines, poudre pure en octet qui aura rendu accroc bien des Jean-Luc Delarue des halls de la Grande Couronne aux fils à papa de tout l’Hexagone. Album anti-Eric Woerth avec qui il partage pourtant le goût des grosses coupures et des dons en liquide, Lunatic poussera bien des MC’s à prendre leur retraite anticipée avant leur 30e année et donnera une nouvelle fois de la colombienne à moudre aussi bien à ses détracteurs qu’à ses supporters.
Annoncé comme l’album d’une fin de cycle avec un retour à l’indépendance (avec pourtant Warner à la distrib’), ce nouvel opus porte en son titre le péché originel et les stigmates de la schizophrénie. L’œil braqué sur le rétro, le constat est simple pour le géant des Hauts-de-Seine : la concurrence est morte et l’émulation qu’il a connu à chaque fois au sein des collectifs qu’il a traversé ou même sur la scène rapologique de ses débuts (pêle-mêle Ärsenik, FF, Le Rat) n’existe plus. Ne restent que des acteurs mineurs ou dépassés qui gesticulent pour se faire entendre alors que l’intéressé n’a qu’à se gratter la tête au sens propre du terme pour déclencher un flot de paroles sur tous les forums et dans les cages d’escaliers d’Issy et de Navarre. Tous veulent tuer le père mais les pseudos enfants illégitimes du Kopp de Boulogne gigotent encore et s’entassent dans le même kleenex depuis quinze ans déjà… En gladiateur désabusé, Booba piétine et passe par l’épée tout ce qui est à portée de son cristallin, public, confrères, politiques et animateurs radios dans une outrance post-baroque encore jamais atteinte jusqu’ici en termes de densité.
Si les refrains autotunés ne font pas toujours leur retour avec bonheur (“Killer” porte bien son nom en l’occurrence), la direction artistique et la cohérence du disque frôlent la perfection avec le choix de beats usinés pour faire mal et faire danser aussi bien les convives pendant une réception crématoire (“Kojak”) que réussir à faire monter en pression Jean-Charles Skarbowsky au Lumpini Stadium (“Saddam Hauts-de-Seine”). Un univers sombre mais nuancé dont les richesses se révèlent à mesure des écoutes avec quelques respirations calibrées pour les radios et une apnée le reste du temps, l’enchaînement “Comme une étoile” et ses cinq premières notes de piano Ecole-des-Fanesque tournant vite en sonate testamentaire avant l’envol vers “Mon paradis”, diptyque qui prolonge les exercices introspectifs débutés dans une autre vie avec “Le bitume avec une plume” et “Pitbull”.
Comme avec une impression de déjà-vu, les habitués retrouvent quelques personnages récurrents des épisodes précédents : Maître Lebraz devient “Yann” dans “Lunatic” avec Akon, Bertrand Cantat, Pokora/Diam’s/Sinik ressurgissent au détour d’une mesure, Le Rat Luciano rime une nouvelle fois avec “piano”, les vertus des mecs du Luth sont encore à l’honneur, l’incipit de Pucc Fiction détourné 13 ans après ; Djé et son couplet en espéranto, Mala et ses accents de raï-man, Brahms et son couplet triennal qui lui assure deux taxes d’habitation d’avance ; la figure maternelle fait une discrète apparition au détour d’un refrain mais c’est bien celle du père qui traverse le disque par capillarité. Père absent réduit à portion congrue (“‘Tu deviendras un Homme, mon fils’, ne m’a pas dit mon père” et “Fuck avoir un père, j’préfère qu’un gangster m’éduque”) et refus d’envisager sa propre paternité, B2O noie le poisson dans le clinquant et distille discrètement les allusions à ses proches, le portrait en creux dessinant finalement quelqu’un de plus complexe que ne l’autorisent ses fulgurances et ses éructations. Le jeu de miroir perpétuel renvoyant vers Mauvais Œil et Temps Mort tout au long du disque cache la véritable intention : l’invitation à aller chercher ce qui revient de droit à tout un chacun, entreprendre, dominer pour mieux récolter et jouir sans complexe et étaler le produit de son éjaculat sur le visage de la France. Un pied à Miami, l’autre à Paris, Elie Yaffa dispense les masques de beauté et apprend aux enfants de Pagny “à parler rebeu” en partageant avec lui son goût de la villégiature saisonnière hors du sol français.
Symbole de réussite discuté, Booba multiplie les tours du Colisée pour bel et bien nous montrer à tous qu’il règne en maître sur sa discipline mais, comme une malédiction, le gladiateur court finalement sans le savoir sur un ruban de Möbius où personne ne sera jamais en mesure de venir le contredire sans qu’il ne s’arrête de lui-même un jour. Un Roi sans Divertissement qui s’ennuie foncièrement après avoir atteint son but plus vite que prévu : contempler le monde du haut de ses collines de grosses coupures, thématique qui boursouflait déjà jusqu’à la nausée 0.9 et guette inlassablement la venue d’ennemis invisibles et peu ponctuels dans un remake au millimètre du Désert (Eagle) des Tartares .
Les huissiers, les disparus, le divorce. Tu ne sais rien de moi, rien ou si peu, ce que je veux bien te donner tout du moins. Si l’étau se resserre, je n’en laisse rien transparaître, tu ne vois que ma chance finalement. Celle d’aimer et être aimé. J’encaisse les coups sans jamais rien dire ou quand je laisse échapper quelques bribes, c’est calculé. Je rends finalement plus de coups que je n’en prends, mais je sens bien que je finirai comme Ali, la superbe ne paie pas. Jamais. Sauf si pouvoir supporter son reflet dans le miroir matin et soir est considéré comme le salaire ultime, celui que chacun recherche au moment de clore ses paupières, seul face à soi-même, comme chaque soir, comme chaque nuit, moment où le mensonge est inutile et où Moi, Je et Surmoi copulent pour ne plus faire qu’un dans un accouplement coordonné de vérités. A chaque fois que j’ai gagné quelque chose après un effort violent, obtenu gain de cause, suis allé chercher ce qui me revenait de droit, les lois de la physique faisaient en sorte de me retirer autre chose en retour, comme pour ne pas me surcharger. M’amputer violemment, systématiquement. Chaque fin de cycle fait rimer addition/multiplication et soustraction/division, l’unité de valeur étant les vies humaines autour de moi. Perdre pour gagner, jamais l’inverse, ne jamais tordre le cou à cet axiome un beau jour, pour ne pas poser un genou à terre. Perdre pour mieux savoir gagner ensuite.
Les huissiers, les disparus, le divorce. La litanie me berce, je vis avec, je compose avec et la mélodie qui en ressort ne peut être que celle d’une haine certaine. Une haine ordinaire, tournée vers les autres, parfois. Vers soi, souvent. Se voir fragile, c’est réaliser que les autres peuvent aussi le percevoir et en exploiter chaque brèche. Alors, autant se dépêcher de se haïr et de haïr les autres avant qu’on ne le fasse pour vous. La lueur vient du fait que, dans le chaos, une certaine réussite veut que vous sachiez construire, que votre base est solide et que la fondation tient le choc, malgré tout, malgré tous. Alors Sisyphe se met en branle, encore et toujours, avec l’espoir qu’un jour, son ombre portée sera abolie, comme le signe d’une paix intérieure retrouvée, à l’image d’un soleil qui cesse de briller la nuit et vous transforme en Machiniste.
Mes anges de droite et de gauche chuchotent toujours autant, je ne les écoute plus que pour leur dire d’aller se faire mettre avec la morgue qui reste la mienne. La morgue où tout finit, somme définitivement conclue, où le fin fond d’une contrée résonne, où l’armée des ombres de toute une vie s’entasse avec un rythme soutenu mais sans obéir à un quelconque ordre des choses qui donc, n’existe pas. La Maternité où tout recommence, le Palais de Justice où tout se divise, un cabinet d’Huissier où tout se soustrait, je ne retiens plus que mon axiome : perdre pour regagner ; étouffer pour se libérer. Je suis Houdini, encore une fois, même cyanosé, j’exploite mon second souffle, Ali devient Manny Pacquiao, en comprenant bien que la course est un marathon et qu’il serait dommage de partir trop vite en dépit des brûlures de l’acide lactique. J’apprends à domptes mes crampes, à les gérer. J’ai “Mistral gagnant” et “Un homme heureux” entre les oreilles, ma femme dort sur mon épaule dans un Toulouse – Bordeaux et j’ai l’intuition que quelque chose change, en temps réel. Une intuition. Perdre pour gagner, la gorge serrée. Je le sens. Je vais être papa pour la deuxième fois mais je vais être séparé de mon premier enfant. La faille de San Andréa apparait d’un côté, mais j’entame la construction de la muraille de Chine de l’autre. Les huissiers, les disparus, le divorce. Tu ne sais rien de moi, rien ou si peu, ce que je veux bien te donner tout du moins et tu as bien raison, j’ai bien compris que tu ne retenais que mon bonheur. Perdre pour gagner, ma femme et mon second enfant.
Je sais, je sais : ma liste est trop longue ! Et encore je pense n’avoir écrit que la moitié de mes sons préférés… Mais, comme la vie, il faut bien une fin… Le tout a été pensé dans le but d’occuper les courageux proches qui se taperont 2 bonnes heures de voiture pour respecter ma dernière volonté d’aller sur la plage un jour d’hiver glacial.
Je souhaiterais me rendre, toute poussière, à la Mère Nature. J’espère qu’en signe de remerciement à ceux qui auront respecté ce vœu, je pourrai provoquer une aussi belle houle et enfin, apporter ma petite contribution au monde du surf.
Jos.
John Lee Hooker - Same Old Blues Again
John Lee Hooker - I'm Bad Like Jesse James
John Lee Hooker featuring Carlos Santana - The Healer
J’serai tenté de te dire que j imposerai d’écouter ma “discographie” au complet mais j’voudrais pas finir sur un mal entendu…(lol)
alors j’dirais…juste une berceuse… “Petit indien” d’Henri Salvador…c’est ce que me chantait ma moman quand… j’étais petit et ça sera parfait pour aller faire un long somme ! :)
La mort n’épargne personne, pas même les croyants – quels qu’ils soient – qui feignent la résignation pour supporter l’insupportable. Une façon de survivre, une échappatoire pratique, un refuge où les réponses ne sont plus obligatoires, où les responsabilités sont inutiles.
Se mentir à soi-même jusqu’à la Chute. Toi qui fais semblant de me lire pour me faire plaisir, toi qui me lis en espérant que je tombe un jour et que je sois encore vivant pour le raconter avec toute mon impudeur en trompe-l’œil, toi qui m’aimes juste parce que je t’aime, toi qui m’aimes parce que je te déteste à t’en crever les yeux, toi, eux, vous, bien cordialement, je vous mens peut-être, j’aime à le croire, pour ne pas me réveiller un jour et réaliser que pourtant, tout ça m’arrive bel et bien.
J’avale les barbelés comme les mojados avalent la boue du Rio Grande, j’essaie de fuir, je cours longtemps pour échapper à mes démons mais mon ombre ne fatigue jamais. Ils restent à l’affût, patients, créanciers tenaces comme dans un Sergio Leone. Louis Deibler nous attend tous quelque part et c’est une fois arrivé à ses pieds que le chemin parcouru prend tout son sens. Point de sortie au bout du tunnel, la sortie, c’est chaque millimètre du putain de tunnel. De la crasse magnifiée aux petites lueurs pourtant verdâtres que chacun transforme en faisceau de Maglite virginal, ton quotidien me paraît fade quand pourtant, tu le conjugues au futur avec plaisir, les inverses étant aussi vrais. Viens le moment où l’on sabote la partition où tout sonne trop parfaitement, pour une question d’équilibre dans le chaos, comme attiré par le vide, comme une nécessité absolue de recommencer de zéro, mais avec un certain lest dans les poches pour ne pas (re)partir à armes égales avec les autres. Pour mieux invoquer une excuse quand l’heure de se justifier viendra, pour mieux obtenir la compassion et l’attention dans l’œil de l’autre, notre Autre, celui qui (devrait) rythme(r) vos nuits et vos jours…
Je mens, tu mens, il mens. Tout à la première forme du singulier, quelque soit le sujet, il n’y a pas d’erreur. Que le verbe réfléchisse ou non. Que vous le fassiez pour de bonnes raisons ou des motifs moins avouables. Mens, réfléchis ou pas, tes démons et toi, seuls oui, dès que tu gagnes l’horizontale, dès que tu te crois à l’abri derrière tes paupières… je ne t’envie pas, la pire des punitions est d’être prisonnier de ces silences, de cette résignation initiale, de ce vertige qui fait que tu détruis tout sur ton passage pour mieux embrasser le désordre, le Rien et ta solitude, la même qui t’as enlacé au berceau, celle-là même qui te bordera au caveau.
Pas sûr que L’Imam apprécie la bande son, elle mériterait surement un aller-simple pour la plupart des cercles de l’Enfer de Dante, en même temps. Peu importe, j’imagine qu’à ce stade il n’en restera que la beauté que j’y ai, très personnellement, trouvé. Ah, et vous aurez le droit de danser sur Giorgio Moroder en mangeant les petits fours mais c’était pas le propos.
Né pour détruire. Je n’aurai de repos que lorsque j’aurais mené ma mission à bien. Essaimer pour mieux étouffer mon hôte. Arrivé un beau matin, discrètement, alors que je préparais mon entrée depuis la grande loterie génétique, finalement. Tout est écrit, ma destinée également : seule l’étendue de mes dégâts reste à définir. Quoi qu’il arrive, je disparaîtrai mais en espérant t’emmener avec moi.
Je pousse à l’ombre, au soleil, tu ne te rends compte de ma présence que si d’aventure j’ai relativement échoué en terme de discrétion. Mais tu me prends à la légère. Pendant ce temps, je fais mon nid, j’envahis tes veines, j’écume tes artères, je multiplie les va-et-viens en silence, pour n’alerter personne. Je profite de ton terrain favorable, de ton héritage physiologique, de tes défenses immunitaires peu sollicitées jusqu’ici. J’entends que tu te poses des questions, enfin. Ce qui devait être un contrôle de routine va graver une fausse note en gras sur ta portée de vie. Tu t’inquiètes à ma vue désormais, alors qu’il est déjà presque trop tard. J’ai pris mes aises, qu’importe les termes du combat à venir, je n’ai qu’un but : mourir et t’emmener avec moi. Les tiens complotent pour m’évincer, qu’importe qu’ils veuillent me décapiter, mes cellules circulent désormais, je n’ai plus besoin de paravent pour détourner l’attention. Je détruis, grandis, me développe, suis les courants, d’un ventricule à l’autre, je prends possession des lieux pour ne plus les quitter. Le poison que tu m’envoies fait l’effet d’un leurre. Il m’annihile un temps, mais très vite, je reprends le dessus. Je plie, je fais mine de disparaître pour que le poison qui m’est destiné t’affecte encore davantage qu’il ne te soulage, je recule pour mieux reprendre mon élan. J’arrive, je sens que ma fin est proche mais je n’aurais jamais de repos tant que je vivrai et je redouble d’effort. J’affleure de nouveau, je réapparais sur ton épiderme, à un autre endroit, je mise sur un allié de taille : ta nouvelle solitude. Les tiens sont déjà plus résigné que toi, il est temps pour moi d’abattre réellement à la fois mes cartes et le gros de mon travail. Je t’ai coupé du monde, tu supportes mal les séances du protocole, le poison qui m’était destiné t’est fatal chaque semaine un peu plus. Tu ne dors plus sans sédatifs, tu ne te réveilles plus sans penser d’abord à ma présence, j’ai investi chaque seconde de ta vie jusqu’à la première seconde de ta mort. J’arrive. Ma disparition ne peut signifier que j’ai réussi ma vie qu’en t’emportant avec moi. Nous ne formons plus qu’un. Je t’ai enlacé comme quelqu’un d’intime, corps à corps le plus passionnel et passionné de notre existence. Tu as abdiqué, le dernier rempart s’est effondré. Tu vis à mon rythme désormais, je suis le métronome des tes nuits et de tes jours qui se confondent ces derniers temps. L’aiguille des secondes se traîne, les pas dans les couloirs se font de plus en plus bruyants à mesure qu’ils se font rares, tu es seul, nous sommes enfin seuls. Le bilan de ta vie s’égrène à chaque goutte à travers ta perf’, elle défile, ce n’était pas un mythe, à vitesse grand V, et tu y revois même les mauvais moments. J’y figure à la fin, j’ai le dernier mot, je le veux, je l’aurai, je paraphe les derniers termes de ton CDD. Tu t’éteins, je reste dans ton sillage, je m’étiole à mesure que tu t’éteins, oui, il est l’heure.
Silencieusement, né grain de beauté pour finir mélanome malin, né pour mourir, comme Vous et moi.
Lazare faisant bien les choses, principe de précaution oblige, deuxième fournée de mes playlists funéraires, histoire de combler les courageux qui auront tenus jusqu’à l’after. Le buffet froid sera réapprovisionné, l’histoire continue en musique pour peu que vous soyiez capables de comprendre ce qui n’est qu’à portée demain.
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